Donnée au Théâtre du Châtelet le 11 mai et en ligne depuis le 4 juin, cette production de la Passion selon saint Jean créée au Teatro Arriaga de Bilbao reprend les thèmes chers au metteur en scène espagnol Calixto Bieito. Celui-ci dit ne pas s’intéresser à la dimension religieuse de la musique de Bach : selon ses propres mots, la Passion est l’histoire d’un personnage anonyme porté par une musique qui raconte notre cosmos intérieur – description finalement assez exacte des histoires sacrées mises en musique, des « sepolcros » ou oratorios mis en scène dans les cours viennoises au dix-huitième siècle, dont la mission était d’édifier les foules.

La Passion selon saint Jean mise en scène par Bieito
© Operavision

Différence d’importance, une rhétorique sentimentale similaire se voit flanquée des clichés d’un subversif terriblement banal. Ici on souffre avec le Christ en se grattant jusqu’au sang, la foule manifeste en brandissant des banderoles, on étouffe consciencieusement une musique qui exprime déjà tout. Ce spectacle plutôt convenu ne renouvelle guère l’approche de l’œuvre.

La Passion selon saint Jean mise en scène par Bieito
© Operavision

Conduits par un Philippe Pierlot à la direction efficace et économe, Les Talens Lyriques ont cependant rarement sonné avec tant de soyeux, les plans sonores sont construits avec soin, le chef guide sans brutaliser sa monture. Si les déplacements du Chœur de Paris (qui visent à bien faire comprendre quand on hait et quand on adule) sont plutôt réussis, l’enthousiasme et le souci de bien faire (et avec masques !) ne peuvent pas remplacer la perfection vocale à laquelle les grands chœurs professionnels nous ont habitué. C’est à peu près en place mais on perd beaucoup en intensité expressive.

La Passion selon saint Jean mise en scène par Bieito
© Operavision

Côté solistes, la soprano Lenneke Ruiten tour à tour violentée, chargée de cordes et pourchassée se sort avec beaucoup de grâce du difficile « Zerfliesse, mein Herz ». Benjamin Appl incarne un Jésus de belle autorité, la basse Andreas Wolf se joue fort bien des mélismes du « Eilt, ihr angefocht’nen Seelen », Robert Murray est la voix idéale pour le délicat « Erwäge ». Petite déception, le contre-ténor Carlos Mena manque de richesse de timbre et n’est guère à l’aise dans la partie rapide du « Es ist vollbracht ».


Production chroniquée à partir du streaming proposé sur la plateforme Operavision.

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