A Quiet Evening of Dance a été créé à Londres en 2018 et se joue pour la première fois à Paris dans le cadre du Festival d’Automne. Le Théâtre du Châtelet accueille cette soirée, programmée hors les murs du Théâtre de la Ville. La création de William Forsythe repose sur deux anciennes pièces courtes : Dialogue et Catalogue, toutes deux basées sur la notion de contrepoint.

<i>Seventeen / Twenty One</i> © Bill Cooper
Seventeen / Twenty One
© Bill Cooper

Il s’agit d’un spectacle dépouillé de décors, aux costumes très simples (de type jogging et t-shirt de sport), proposant comme accessoires uniquement de longs gants de couleurs que portent les danseurs, mettant le mouvement (et plus précisément les bras) au centre du spectacle. La simplicité scénographique est ici prônée par William Forsythe qui s’intéresse à la sensibilité du moindre mouvement, aux liens entre les corps qui se répondent, comme deux lignes mélodiques. S’appuyant sur une musique baroque, le chorégraphe s’est inspiré de ce style tout en s’affranchissant de tout le superflu. Le plateau est nu et sombre. Le fond de scène entièrement noir. Le mouvement se crée dans ce contexte abrupt et aride. Le spectacle doux et épuré met en avant les neuf excellents danseurs qui se partagent la scène.

La soirée se présente en deux parties séparées par un entracte. La première partie, pratiquement sans musique mais laissant entendre parfois des pépiements d'oiseaux, met en scène des duos ou solos de danseurs qui répètent en cadence des mouvements partant des bras, plutôt minimalistes. La synchronisation des duos est très réussie alors que les artistes dansent sans aucun repère musical. L’absence de musique crée néanmoins une atmosphère étrange : on entend davantage les bruits du public que les sons produits sur scène. Les combinaisons chorégraphiques paraissent presque mathématiques, que ce soit par leur répétition en rythme ou dans les angles créés par les bras et les jambes qui ont une apparence très géométrique. Renforcé par cette absence de son, l’aspect visuel fort des gants de couleurs s'avère intéressant bien que cette première partie manque un peu d’éclat.

<i>Catalogue</i> © Bill Cooper
Catalogue
© Bill Cooper

La deuxième partie est plus enjouée. Les mouvements se déploient sur la musique de Rameau et le style baroque apparaît nettement dans le bas du corps des danseurs qui exécutent des petits ronds de jambe et nombreux pas de bourrés. Le travail des bras, gantés de couleurs, est quant à lui très élaboré et empreint du style de William Forsythe : ils s’entremêlent, se défont, se croisent, et s’étirent dans toutes les directions. Le chorégraphe américain joue ici sur différents codes stylistiques : baroque, classique, contemporain ou hip-hop. Un des danseurs, Rauf Yasit, est un exceptionnel breakdancer qui rompt à certains moments la chorégraphie très légère pour effectuer de magnifiques figures de hip-hop au sol, sous le regard ébahi des danseurs interprétant le style baroque. Il danse également un superbe duo avec Parvaneh Scharafali, où leurs corps semblent se répondre et se compléter. Les moments les plus marquants et réussis du spectacle sont indéniablement les différents duos, qui présentent à chaque fois une complémentarité entre les corps et une grande cohérence. Les solos et instants de groupe paraissent plus transitoires. 

William Forsythe explore donc plusieurs énergies et mouvements sur cette musique enlevée et très rythmée qui reste néanmoins assez linéaire. Malgré la gradation de mouvement et de musique entre la première et la deuxième partie, l’ensemble du ballet garde une tonalité un peu trop sobre. Si le spectacle est tout à fait agréable à regarder, il manque ici la fougue et l’énergie propres aux chorégraphies de William Forsythe que l’on apprécie tant !

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