Dans une mise en scène de Mikaël Serre, Germaine Acogny revient sur ses origines, dans un seul-en-scène introspectif et complexe qui croise la danse, le récit, le théâtre et la projection de photos et de films.

Considérée comme la précurseur de la Danse Africaine Contemporaine qu’elle développe dès les années 1970, Germaine Acogny choisit comme toile de fond son Sénégal natal pour un spectacle résolument autobiographique. A un endroit du début ouvre ainsi une réflexion sur l’identité en tant que déterminisme et sur le rôle de la culture dans la construction personnelle. La chorégraphe et danseuse apporte pour autant un éclairage critique vis-à-vis de la tradition, eu égard notament à la place de la femme dans la société africaine.

A un endroit du début débute par la lecture des « Récits d’Aloopho », journal du père de Germaine Acogny. Issu de l’élite francisée, Togoun Servais Acogny était énarque et administrateur des colonies dans le Sénégal des années 1950. Bribes égrenées tout au long de la pièce, ses mémoires témoignent du vaste processus de déculturation auquel il s’est intentionnellement soumis. Germaine Acogny lit à haute voix, psalmodie et ressasse des souvenirs d’enfance enveloppés de mystère. Elle dénonce le reniement des coutumes sénégalaises de son père, son rejet de l’animisme et sa conversion au christianisme, qui l’ont conduite à oublier les pratiques ancestrales vaudous et fétichistes. Déchiré entre une culture jugée honteuse, arriérée, et son impossible reniement, ce père semble pourtant pris dans un piège insoluble. Par le souvenir, Germaine Acogny célèbre ainsi cet héritage abjuré, chante et danse ses traditions magiques et nous montre comment l’identité se lézarde inévitablement pour laisser resurgir ce passif culturel inoubliable, cet « endroit du début ». Se promenant également dans des souvenirs plus personnels, la chorégraphe n’en critique pas moins cette culture, dans sa violence vis-à-vis des femmes et son traditionalisme, avec notamment une vigoureuse diatribe contre la monogamie.

Quoiqu’elle s’élève à une portée existentielle et soulève d’intéressants sujets sociétaux, cette autobiographie dansée ne parvient cependant pas à émouvoir. Dans une chronologie elliptique et des textes énigmatiques, l’histoire se déroule de façon peu lisible. Aggravant ce manque de clarté, la scénographie se perd dans un langage artistique pluriel et mal harmonisé où tout se brouille : récit et imaginaire, films et danse, simplicité du texte et complexité de la mise en scène. Projetées en fond d’écran, les nombreuses séquences de reportages sur le Sénégal prennent le pas sur la chorégraphie. La danse, interstitielle, appauvrie, semble ainsi la dimension la plus négligée de la pièce, à peine visible dans la mise en scène surabondante de Mikaël Serre.