Habituellement partie prenante des productions lyriques, le chœur et la maîtrise du Capitole donnait mercredi soir un de ses rares concerts mettant en avant spécifiquement cette formation d'excellence amené par Alfonso Caiani. D'habitude travailleur de l'ombre, celui qui prépare les chœurs pour les chefs invités à la direction des opéras prenait la direction musicale, pour le grand plaisir du public du Théâtre toulousain, venu en nombre.

Alfonso Caiani © Patrice Nin
Alfonso Caiani
© Patrice Nin

Comme nous le livrait récemment dans une interview le chef de chœur et maître d’œuvre italien, ces concerts constituent des instants privilégiés pour les chœurs du Capitole, qui peuvent se livrer au public souvent familial suivant ces manifestations. Ces occasions permettent de monter des pièces incontournables du répertoire, qu'il soit sacré ou profane. Cette soirée était consacrée au Requiem de Mozart.

Après l’orchestre de chambre de Toulouse dirigé par Gilles Colliard, puis le chœur et la maîtrise, accueillis avec enthousiasme, c’est le quatuor de solistes qui s’installe sur les planches avec le chef d’orchestre. Alfonso Caiani entame l’Introït au thème fébrile avec une allure décidée. Il dispense ses directives du bout des lèvres ou du bout des doigts tout au long de la soirée, ne s’accroupissant qu’une seule fois à l’extrême pour réclamer des pianos plus délicats à l’orchestre. Fortement soutenu par des timbales bourrues, il accentue la violence du Kyrie et du Dies Irae. Tuba mirum voit le parfait échange entre les cuivres et la voix, portante et magnifiquement dosée, d’Antonio Figueroa que le public avait déjà vu si brillant en Castor deux saisons plus tôt. Avec la même clarté, la soprane Sabrina Vianello maintient également dès l’Introït un jeu équilibré entre sa position de soliste et la retenue exigée par la partition. La voix très chaude de la mezzo-soprano Aude Extrémo, moins percutante, a plus de mal à trouver sa place. Enfin, Lukasz Konieczny fait le choix d’une voix de basse plutôt détachée, voire enjouée, presque mise en scène. Réunis en quatuor, l’ensemble sonne fort équilibré. Le chœur et la maîtrise, pourtant extrêmement bien préparés en terme d’articulation, d’échanges de voix pour le contrepoint et d’équilibre, sont trop souvent masqués par l’orchestre qui peine toujours à trouver, au sens le plus littéral, sa place dans cette salle. La disposition en fosse habituelle pour l’opéra était ici abandonnée au profit d’un plateau plein, sans doute pour des raisons techniques. De mémoire, seuls les Arts florissants avaient produit une installation intermédiaire et satisfaisante en plaçant l’orchestre au niveau du parterre. On perd donc un peu du texte ici ou là, mais l’énergie émergeant de la combinaison des ensembles musicaux et de la direction d’Alfonso Caiani compense largement ce phénomène. Le Lacrimosa et le Domine Jesu sont particulièrement soignés. On sent dès la fin de l’offertoire une volonté de préparer un moment de méditation privilégié et intense.

Après cinq saluts et une ovation fortement appuyée d'une demande de bis, Alfonso Caiani double le Lacrimosa qui présente le double avantage de reprendre le thème principal de la pièce et permet de terminer de façon traditionnelle la soirée par un Amen expiatoire, avec d’intenses secondes de silence entre l’ultime accord et un nouveau salut chaleureux de la salle.

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