Le présentateur du concert de la soirée dans la grande salle du Corum à Montpellier nous rappelle l’histoire de la soudaine notoriété gagnée par Jakub Józef Orliński. Présent en 2017 au festival d’Aix-en-Provence pour l’opéra Erismena de Francesco Cavalli, le contre-ténor polonais était appelé in extremis pour chanter un air lors d’une émission de France Musique. Il s’enquiert alors du code vestimentaire et on lui répond que, pour une émission de radio, la liberté est totale. Il débarque, en ce chaud mois de juillet aixois, en tenue décontractée – short, baskets et chemise ouverte –, mais des caméras sont également présentes et filment la prestation : la vidéo fait rapidement le buzz… avec à ce jour sept millions de vues !

Jakub Józef Orliński et Il pomo d'oro
© Luc Jennepin

Le chanteur est habituellement friand de raretés musicales, comme en témoignent ses précédents enregistrements discographiques, et le programme du soir, intitulé « Alleluja », n’y déroge pas. De très belles pages extraites de messes et oratorios du XVIIIe siècle s’enchaînent. Dirigé par le premier violon Zefira Vadova, l’ensemble Il pomo d’oro paraît en configuration de sept musiciens – cinq aux cordes frottées, luth et clavecin – qui assurent un accompagnement d’une qualité optimale. Quelques passages instrumentaux permettent aussi au contre-ténor de récupérer entre ses airs, en démarrant par la courte composition Intrada de Jan Křtitel Tolar. Les violons et l’alto se relaient plus tard pour jouer les mélodies des extraits plus conséquents du Concerto a quattro en ut mineur de Baldassare Galuppi, puis la Chaconne à six de Giuseppe Antonio Brescianello est une nouvelle preuve de la dextérité de cette formation baroque pour varier les rythmes et nuances.

Jakub Józef Orliński et Il pomo d'oro
© Luc Jennepin

Dans un enchaînement assez naturel suivant l’introduction instrumentale de Tolar démarre la partie chantée, d’abord le doux air « D’ogni colpa la colpa maggiore » de Georg Reutter où le contre-ténor déploie son timbre angélique sur un long souffle, d’une musicalité impeccable et émettant des aigus plus éclatants que son registre grave parfois discret. Dans cette catégorie d’airs élégiaques, c’est l’air « Giusto Dio » extrait de l’oratorio La Giuditta de Francisco António de Almeida qui constitue le sommet de la soirée : la voix plane dans un équilibre d’une suprême harmonie avec la musique, certains aigus sont enflés tandis que d’autres notes sont joliment exprimées en voix de poitrine dans l’extrême grave. C’est d’ailleurs dans ce registre de la douceur que sont à classer la majorité des airs, comme le charmant « Dal beato eccelso volo » de Lucrezio Nucci (tiré d’Il David trionfante), « Non t’amo per il ciel » de Johann Joseph Fux (de l’oratorio Il fonte della salute) et ses nombreuses reprises, ou encore l'Amen, Alleluia de Georg Friedrich Händel qui vient conclure le programme et lui donne son titre.

Même en plus petit nombre, les extraits rapides sont présents et sollicitent la virtuosité de l’interprète, comme les compositions d’Antonio Lotti (Froh quanta sunt), Nicola Conti (Salve sis Maria), Gaetano Maria Schiassi (A che si serbano) ou encore David Perez et son « Gratias agimus tibi » aux tempos parfois follement rapides. Le soliste y déroule ses traits d’agilité bien en place techniquement mais sans impressionner toutefois autant que dans les parties lentes, la voix étant sollicitée en majorité dans le médium et non dans la partie haute du registre, naturellement plus brillante. Pour ce qui est de la souplesse et de la vélocité, c’est enfin dans l’air de Händel « Agitato da fiere tempeste », tiré de Riccardo Primo et accordé en bis, que les vocalises semblent couler avec le plus de naturel et d’abattage, sans atteindre toutefois celles de son confrère contre-ténor Franco Fagioli.

Jakub Józef Orliński et Il pomo d'oro
© Luc Jennepin

Pour terminer la soirée dans une atmosphère douce et intime, Jakub Józef Orliński interprète en second bis le premier titre de son CD Anima sacra, enregistrement qui avait déjà été réalisé en compagnie d'Il pomo d’oro. L’air « Alla gente a Dio diletta », en provenance de l’opéra Il Faraone sommerso de Nicola Fago, forme un nouvel enchantement vocal et musical.


Le voyage d'Irma a été pris en charge par le Festival Radio France Occitanie Montpellier.

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