L'American Ballet Theatre inaugure la saison 2016/2017 de l’Opéra de Paris en proposant une nouvelle version de La Belle au bois dormant signée en 2015 par Alexei Ratmansky. Très en vue aux Etats-Unis, le chorégraphe russe (en résidence à l’American Ballet Theatre) collabore régulièrement avec des compagnies telles que le New York City Ballet ou le San Francisco Ballet. Pour recréer ce chef d’œuvre classique, Ratmansky a souhaité restaurer l’esthétique de la chorégraphie de Marius Petipa de 1890, elle-même transmise par les Ballets Russes de Serge Diaghilev dans les années 1920. Cette démarche d’archéologie chorégraphique nous donne certes un intéressant aperçu des origines artistiques du ballet, mais réintroduit aussi des codes oubliés qui semblent aujourd’hui fanés, voire peu subtils.

© Ula Blocksage | Opéra national de Paris
© Ula Blocksage | Opéra national de Paris

Véritable succès populaire à sa création, La Belle au Bois Dormant a pour toile de fond la cour française classique du XVIIIème siècle, dans un chef d’œuvre pourtant très empreint de romantisme russe. C’est avec cette mise en scène burlesque, surchargée et anachronique (les coupoles baroques côtoient sans complexe le protocole classique d’une cour de château romantique…) que renoue Alexei Ratmansky. Les costumes et décors sont inspirés de Léon Bakst, metteur en scène et costumier des Ballets Russes, et transforment la scène en une véritable bonbonnière. Aussi fidèle soit-elle à la scénographie d’origine, cette nouvelle version nous jette dans un univers étonnamment sucré, façon Disneyland.

La chorégraphie de cette Belle au Bois Dormant réhabilite également la pantomime et les enchaînements de variations digressives (les fameux « divertissements » des ballets de Petipa). Le langage classique est lui-même au plus près de ce que la technique des danseurs du XIXème siècle permettait : attention portée sur le travail du bas de jambe et sur le port de bras. Mais le manque d’amplitude du mouvement (faibles hauteurs de jambes, ports de bras rabougris) recroqueville la danse. A travers de petites attitudes, des arabesques basses, des pirouettes à la cheville, les artistes donnent l’impression de tourner à l’économie. Le foisonnement de costumes et d’accessoires (fleurs, arceaux, baguettes magiques, …) n’y fait rien, et ne permet pas d’éluder le manque de recherche de la chorégraphie, plus particulièrement décevante lors des grands thèmes (variation de la Fée des Lilas peu originale, et Adage de la Rose non chorégraphié!) 

Cette chorégraphie « à l’ancienne », s’appuyant sur une technique plus très pratiquée aujourd’hui, est un réel défi pour les danseurs de l’American Ballet Theatre. Très crédibles dans la pantomime, les solistes semblent moins à l’aise dans ce langage étréci qui met d’autant plus à nu le travail du bas de jambe. Dans les rôles d’Aurore et du Prince, Stella Abrera et Alexandre Hammoudi ne brillent pas – avec des équilibres et des tours franchement hésitants à l’Acte I. On remarque tout de même le pas de deux de l’Oiseau Bleu et la princesse Florine, dansé avec grâce et précision par Jefrey Cirio et Sarah Lane.

Aussi cérébrale que soit la recherche chorégraphique dont se prévaut Alexei Ratmansky, sa Belle au Bois Dormant est pourtant très grand public. C’était certes le cas du ballet d’origine, mais une petite touche de modernité dans la chorégraphie et de raffinement dans la mise en scène auraient sonné plus juste. Alexei Ratmansky pèche par passéisme.

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