Contre-ténor allemand de renommée internationale, couvert de prix de 1999 à 2005, Andreas Scholl interprétait dans le cadre des Grandes Voix des airs de cantates d’Alessandro Scarlatti, Antonio Caldara, Georg Friedrich Haendel ainsi que des mélodies anonymes. Des sonates de Salvatore Lanzetti (1710–1760) et Antonio Vivaldi permettaient de créer des interludes instrumentaux (clavecin, mandoline, luth et violoncelle) et de mettre en lumière le joueur de mandoline Avi Avital.  

Andreas Scholl © Decca / James McMillan
Andreas Scholl
© Decca / James McMillan
Après une cantate profane d’Alessandro Scarlatti en demi-teinte, « Mi ha diviso il cor » (1709), où Andreas Scholl semblait encore chauffer sa voix, il interpréta des mélodies anonymes de toute beauté. « L’occasion delle mie pene », accompagnée par la mandoline, exprimait un magnifique chant triste qui se caractérisait par de très beaux aigus et une belle maîtrise des changements de couleurs, parfois à l’intérieur d’un même mot. Il se dégageait une très grande douceur de cette interprétation. Une tristesse voilée que l’on retrouvait dans « Sento là che ristretto » de Haendel, composée en 1708-1709 à Naples. S’adressant à une femme prénommée Nice, le chanteur souhaite lui être uni et craint qu’un « destin cruel » ne l’empêche de l’embrasser. La pureté des sentiments exprimés est notamment rendue par la belle tessiture du contre-ténor et le parfait contrôle de sa voix.

La mélodie anonyme La biondina, bissée à la fin du spectacle, permit de montrer le jeu très doux du joueur de mandoline, qui jusqu’à présent avait joué de façon vive et décidée. La voix d’Andreas Scholl se fit tour à tour caressante, sensuelle et amoureuse, transformant un chant d’amour plutôt ordinaire par ses paroles – la blondinette en gondole… - en véritable trésor grâce à la diversité des sentiments exprimés et à une sensualité vocale teintée d’érotisme.

Côté instrumental, l’attaque de la Sonate pour violoncelle en sol majeur de Salvatore Lanzetti, composée en 1736 à Amsterdam, laissait tout d’abord perplexe. L'Andante initial peinait à débuter vraiment la sonate, comme si les instruments cherchaient encore à s’accorder. Dédiées au fils de George II d’Angleterre, Frédéric de Brunswick, Prince de Galles, les 12 Sonates pour violoncelle et basse continue montrent une virtuosité musicale malheureusement pas assez soulignée dans l’interprétation donnée. Pourtant charmante, elle nous entraînait dans une promenade musicale un peu trop lisse.

Par son jeu franc et vif et la précision de son attaque, l’apparition de la mandoline dans la Sonate en do majeur d’Antonio Vivaldi, composée en 1730-1731 en Bohème, portait la soirée vers une excellence qui allait ensuite culminer avec les mélodies anonymes interprétées par Andreas Scholl. Composée pour Johann Joseph von Wrtby, admirateur et mécène de Vivaldi, cette sonate se caractérise par une structure qui alterne lumière et nostalgie. Avi Avital sut parfaitement retranscrire toute la palette des sentiments exprimés dans cette sonate, combinant une attaque décidée et un enjouement communicatif dans les mouvements vifs ou mélancoliques, comme dans le Larghetto et sa belle cantilène.  

Les dernières notes tues, le public semblait se réveiller d’un charme…

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