Angela Ghiorghiu © Cosmin Gogu
Angela Ghiorghiu
© Cosmin Gogu
Angela Gheorghiu, star roumaine du chant lyrique arpente les plus grandes scènes depuis des années. Son profil de madone de la Renaissance, son doux visage, sa bouche pulpeuse, ses yeux pétillants, tout dans son personnage fait d’elle une diva, néanmoins accessible, à l’instar d’une Anna Netrebko, sa collègue russe, ou encore de la jeune étoile bulgare montante, Sonya Yoncheva, qui débuta sa carrière comme choriste au Chœur du Grand Théâtre de Genève où avait lieu le récital de ce soir.

Que ce soit dans son approche avec le public, ses petites phrases ça et là, l’air de rien, dans un style : « Nous sommes si bien et détendus dans mon salon, rapprochez-vous donc ! », le charme opère… En toute simplicité Angela Ghiorghiu changera trois fois de robe, battant l’air d'une main gracieuse en disant « Il fait si chaud ici n’est-ce pas ? » et envoyant à la volée des baisers au public conquis ! Vous l’aurez compris, mercredi soir, le Grand Théâtre vivait le paroxysme de la simplicité affectée…

L’Ouverture des Noces de Figaro augurait le meilleur, le chef Tiberiu Soare, roumain lui aussi, donnant de sa personne et de son énergie débordante. L’Orchestre de la Suisse Romande sonna bien, mais loin de démériter, s'effaça gentiment au cours de ce récital devant le spectacle de la diva offerte à nos yeux ébahis.

Ouverture des "délices d’Angela" par un Lascia ch’io pianga d’un romantisme à faire hurler les baroqueux ! Puis nous enchaînons avec un autre bonbon suave du répertoire, J’ai perdu mon Eurydice, plus classique, s’accordant mieux à la vocalité de la cantatrice. Mais l'affectation de son interprétation rend la musique de Glück plus superficielle encore.

Quant à son incarnation de Carmen… la gitane devient une adolescente écervelée, au bord de l'hystérie, et nous restons frappés de stupeur devant un tel tableau. On passera sur le français - je ne saurais critiquer son roumain, ni son tchèque - toujours est-il que son chant reste très empreint d’un style que nous pourrions qualifier d'un brin désuet, tant dans l’articulation que dans les effets.

Cependant je ne voudrais pas que l’on pense que le concert fut mauvais… On aura apprécié ce velouté dans la voix, une rondeur qui dans l'air de Puccini, Tu che di gel sei cinta, celui de la Wally ainsi que dans le fameux Air de la lune de Rusalka, fait surgir la vocalité adaptée et magnifique d’un beau soprano lyrique aux couleurs mordorées. Si la voix d'Angela Ghiorghiu passe aisément au-dessus de l'orchestre, elle s'épanche néanmoins plus à son aise dans les passages lyriques forte. Dans le Adieu, notre petite table de Massenet une émotion palpable se fit sentir, tout comme dans l’un des quatre bis de la soirée : O mio babbino caro de Puccini.

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