Quatrième opera de Vivaldi, Arsilda regina di Ponto (1716) revit dans un spectacle international, créé initialement en Slovaquie, et dans une mise en scène néoclassique qui donne aux personnages une réelle profondeur psychologique. 

© Petra Hajska
© Petra Hajska

Par une habile mise en abyme, le metteur en scène David Radok nous donne à voir la cour de Cilicie où le jeune roi Tamese (en réalité sa sœur jumelle Lisea travestie pour continuer à assurer le pouvoir de cette famille) présente aux courtisans la future Reine Arsilda, qui lui reproche de ne pas lui montrer assez son amour. Au fur et à mesure que les masques tombent et que les véritables identités apparaissent, les acteurs laissent leurs costumes exagérés et perruques délibérément longues du XVIII°s pour des habits modernes et correspondants à leur sexe ou leur rang.

Si la mise en scène laisse parfois perplexe – pourquoi certains personnages se tordent-ils à l’acte III ? Est-ce une façon de montrer que les masques tombent et que la vérité est en train de jaillir – elle permet de dresser un portrait sensible des personnages principaux. Lisea souffre de son état de travestie et du fait d’avoir été sacrifiée par sa mère pour des raisons d’Etat, Tamese campe un roi jardinier peu aimable, plus obsédé par son trône et les femmes que par la compréhension des événements – Cisardo incarne la raison d’Etat, Barzane un homme amoureux de deux femmes avant de se rappeler de ses premières ardeurs et de se tourner vers Lisea redevenue femme et Arsilda une femme sensible puis désabusée – la scène finale avec le téléphone portable interroge sur le devenir de ce couple déjà lassé avant même de s’être marié. Par un jeu de fenêtres s’ouvrant ou se fermant sur un paysage d’été moderne du plasticien tchèque Ivan Theimer, les personnages évoluent dans ce huis clos où le happy end semble un peu terne. Les jeux de lumière soulignent alors le trouble des personnages et laisse en suspens de nombreuses questions.

La musique de Vivaldi est mise en valeur par la direction sobre et efficace, quoiqu’un peu trop rapide à l’ouverture de Václav Luks. Sa direction et l’ensemble Collegium 1704 soutiennent l’action, tant dans son côté bouffe que tragique. Les tempos s’avèrent plutôt retenus, et mettent en valeur le désarroi de Lisea à l’acte I, la rage de Tamese ou les interrogations d’Arsilda.

Olivia Vermeulen interprète une Arsilda en proie au doute puis à l’amour, toute en retenue. Ses airs tourmentés, son jeu scénique tout en interrogation laissent planer le doute sur l’issue heureuse de son mariage avec Tamese. Véhémente avec Lisea-Tamese, amoureuse avec Tamese-jardinier, la réalité ne semble pas lui ouvrir des ailes. Son dernier air, censé être joyeux, se révèle ambigu. Ses graves sont tenus et nourris, ses aigus plus fragiles.

Lucile Richardot interprète quant à elle une Lisea à la fois mélancolique, follement amoureuse, véhémente, dont la voix de mezzo sert parfaitement le rôle de travesti, tant par son timbre que sa colorature et sa profondeur. Si le premier acte laisse toutefois perplexe, sa voix se déploie progressivement tant dans les graves que les aigus et l’air « Fra cieche tenebre » est sublime.

Fernando Guimarães interprète un roi jardinier peu sympathique et dont le jeu très expressif apporte un contrepoids à une voix courte, peu déployée et peu convaincante dans les aigus.

Face à lui Kangmin Justin Kim interprète Barzane avec une magnifique voix de contre-ténor et apparaît comme le chanteur le plus marquant de la soirée. Agile tant dans les aigus que dans les graves, sa voix est maitrisée aussi bien dans les airs lents que dans les trilles, et sert un personnage blessé par le décès supposé de la femme qu’il aime. Enfin Lisandro Abadie interprète un Cisardo sincère et expressif et Lenka Máčiková une Mirinda à l’aise vocalement et scéniquement, réellement amoureuse d’un Prince ambigu à son égard.

En somme, cette production servie par un beau plateau vocal dresse un fin portrait psychologique des personnages, et permet à cet opéra de Vivaldi de gagner en modernité. A découvrir de toute urgence pendant l’itinérance de l’œuvre !

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