C’est une de ces soirées qui laisse perplexe. Un programme d'oeuvres intimement liées, des solistes de haute volée quoique pas toujours bien assortis, une célébration de la danse néo-classique bien exécutée techniquement mais dont on aurait aimé une interprétation plus vibrante.

<i>Clear, Loud, Bright, Forward</i> © Ann Ray - Opéra national de Paris
Clear, Loud, Bright, Forward
© Ann Ray - Opéra national de Paris
En commençant sa première saison comme directeur de la danse avec une de ses créations, Benjamin Millepied faisait un pari, et prenait le risque que sa chorégraphie souffre de la comparaison avec ses illustres prédécesseurs. A moins que certains n’y voient un bel hommage… C'est une belle soirée, mais le public d’amateurs éclairés s'interroge sur les emprunts de ce chorégraphe à George Balanchine et Jerome Robbins, tout en cherchant son propre style.

Clear, Loud, Bright, Forward ravit les yeux par son côté graphique, la beauté de ses costumes aux reflets argentés et le jeu de ses interprètes, notamment Léonore Baulac et Letizia Galloni. Dans un espace minimaliste qui semble inspiré des ballets de William Forsythe, des groupes de danseurs se déplacent, interrompus de temps à autres par de très beaux pas de deux aériens et graciles. Cet univers néoclassique rappelle également très vite Balanchine, qu’il s’agisse de Thème et Variations, Agon ou Symphony In 3 movements. Le danseur qui émerge du groupe donne également une impression de déjà-vu : est-ce un emprunt à Béjart, Balanchine, aux Ballets Russes ? Tout comme le battement d’ailes semblant sorti du Lac des cygnes. Le ballet est charmant mais reste émotionnellement plat. Un beau divertissement au sens pascalien du terme.

<i>Opus 16 -The Dreamer</i> © Ann Ray - Opéra national de Paris
Opus 16 -The Dreamer
© Ann Ray - Opéra national de Paris
Opus 19 / The Dreamer (1979) de Jerome Robbins provoque un tout autre sentiment. On y retrouve quelques sujets chers au chorégraphe comme la solitude et le rêve qui rappellent Afternoon of a Faun (1953) mais ce ballet possède sa propre histoire. Les pas de deux d'Amandine Albisson et de Mathieu Ganio sont harmonieux et sensuels et le danseur étoile marque le ballet par sa présence scénique et son jeu d’acteur, rêveur et indécis. Son travail de bras et de mains pour tenter de s’échapper de son rêve (ou de la réalité) interpelle, tout comme sa profonde maitrise de son corps. Habité par son personnage il focalise sur lui l’attention des spectateurs.

Theme and Variations (1947/1960) de George Balanchine évolue dans un décor plutôt sobre, marqué uniquement par deux lustres rappelant les décors de palais chers au chorégraphe. Les costumes rappellent Joyaux par leur côté chatoyant et brillant de mille feux.Dans ce ballet graphique sans histoire narrative, les danseuses évoluent en chapelet et cisèlent leurs pas dans de beaux jeux de pointes. Il est alors regrettable que le couple formé par Laura Hecquet et Josua Hoffalt semble mal assorti. S’ils sont techniquement irréprochables, Laura Hecquet paraît trop grande pour son partenaire. On aurait aimé une interprétation de sa part plus forte, un supplément d’âme semblable à celui du ballet précédent. 

<i>Thèmes et Variations</i> © Ann Ray - Opéra national de Paris
Thèmes et Variations
© Ann Ray - Opéra national de Paris
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