L’Orchestre de la Suisse Romande et son chef Jonathan Nott offrent en cette soirée estivale un programme entièrement germanique, avec la Symphonie n° 7 de Beethoven ainsi que des extraits d’opéras du grand Richard Wagner. La décontraction est de mise, le chef et les instrumentistes sont en chemise noire, une sorte de sympathique désinvolture semble se profiler.

Jonathan Nott dirige l'Orchestre de la Suisse Romande © Enrique Pardo
Jonathan Nott dirige l'Orchestre de la Suisse Romande
© Enrique Pardo

C’est sous l’impulsion d’un geste de double volte que résonne le premier accord de la symphonie beethovenienne, à la baroque, avec effet de soufflet. Le hautbois puis la clarinette proposent leurs mélopées, offrant un ravissement certain après une entrée en matière assez ronflante. S’ensuit une introduction tout en souplesse aux cordes. Une belle rondeur semble s’imposer aux hautbois et à la flûte. Ce répit est malheureusement de courte durée avec l’arrivée du premier thème vif, dans un grand tutti : le son atteint des sommets forcés, l’énergie devient dureté, les cuivres et les timbales l'emportent sur le reste de l'orchestre. Sans l'indispensable dosage subtil des timbres, l'interprétation tourne à la caricature. L’énergie en elle-même n'est pas malvenue mais les développements dynamiques sont écourtés et on arrive implacablement à saturation, avec une mise en avant des scansions inutilement agressives des trompettes, cors et timbales… L’effet provoqué est une dissolution du discours et une sensation de germanisme caricatural, comme on peut en vivre malheureusement parfois chez Brahms et Bruckner.

Le fameux « Allegretto » est enchaîné quasi directement. Malheureusement, la fameuse phrase pulsatile n’émeut pas ; il faut attendre la mélodie des violoncelles pour que cela chante, ainsi que l’inspirant contrechant des seconds violons, véritablement poignant ! Le bref fugato qui suit est très bien mené, dans un délice de musicalité et de nuances aux cordes. Le reste de la symphonie sera malheureusement à l’image du premier mouvement.

Dans de telles conditions, les aficionados de Richard Wagner ont de quoi être inquiets pour la seconde partie du concert. Pour notre plus grand bonheur, ces craintes vont être rapidement dissipées.

Le prélude du premier acte de Lohengrin est entrepris de manière assez palpable. L’intention est de ne pas s’appesantir mais le charme est là, les violons sont diaphanes, les timbres des vents sont fantastiques, le hautbois et les flûtes rayonnent, les cors sont suaves. Le miracle wagnérien est à l’œuvre : le ciel s’étire de violons sur un fil suraigu alors que la terre s’embrase avec des violoncelles et altos rougeoyants, dans un délice que seul sait susciter Wagner. Lorsque les cuivres sonnent l’appel, les cymbales et timbales viennent couronner cette longue explosion musicale, pour en revenir aux silences étirés des violons séraphiques, procurant une émotion forte.

Autre explosion que celle de l’ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg, magistrale, qui permet d’explorer à merveille la pompe wagnérienne. Soulignons ici le magnifique tuba qui déploie des lignes d’une musicalité et d’un souffle incroyables, tout comme l’impeccable fondu aux trombones. En conclusion de cette partie, la sublime ouverture du Vaisseau fantôme offre l’héroïsme nécessaire pour clore la soirée avec bonheur ! Le ressac est fantastique aux violoncelles, les dynamiques sont abouties, le fluide passe admirablement bien aux cordes et les cuivres sont superlatifs.

Il aura fallu convoquer les merveilles de Wagner pour faire oublier ce Beethoven bien malheureux. En cette fin d’été qui a visiblement rechargé les batteries de l’Orchestre de la Suisse Romande, le public est ravi bien qu'un peu chancelant. Il ne reste plus qu’à hiérarchiser les dynamiques et à dompter le surplus d’énergie, sous peine d'épuiser les auditeurs avant la fin de la saison à venir !

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