La nouvelle saison de la Philharmonie s’ouvre par un cycle Mozart-Bruckner, mené par Daniel Barenboim avec la Staatskapelle de Berlin, qui, avec ses quatre cent cinquante ans d’histoire, est l’un des orchestres les plus vieux et les réputés, marqué notamment au siècle dernier par l’emprunte des Furtwängler, Klemperer ou Karajan. Chef d’orchestre autant que pianiste, Barenboim est l’un des rares musiciens qui font référence dans les deux pratiques, qui chez lui fusionnent lorsqu’il s’agit de diriger du piano. Au programme de ce soir, la 7e Symphonie de Bruckner, précédée de la Symphonie concertante de Mozart, avec les solistes de la Staatskapelle : Gregor Witt au hautbois, Matthias Glander à la clarinette, Ignacio Garcia au cor et Mathias Baier au basson.

Daniel Barenboim © Peter Adamik
Daniel Barenboim
© Peter Adamik

De facture classique en trois mouvements, la Symphonie concertante est imbibée de cette fraîcheur et de ce sourire tout mozartiens, mélange si touchant de grâce et de simplicité. Le quatuor à vents, par ses timbres riches de textures, vient apporter une légèreté toute terrestre, différente de celle des concerti pour piano en ce qu’elle paraît plus matérielle, plus concrète. Chez les solistes, pas d’oppositions ni de conflits, les intentions se complètent, se suivent et s’enrichissent dans un même élan, les thèmes tournent de l’un à l’autre et s’éclairent sous différents jours. Mozart ne néglige pas les effets théâtraux : une clarinette enjouée et virevoltante laisse place à une mélodie sereine au hautbois, bientôt rejointe par le sautillement primesautier du cor et du basson. Les solistes se montrent remarquables dans la partition, car loin de vouloir se mettre au-devant de la scène, ils visent toujours à l’harmonie de l’ensemble.

Comme il l’est de Mozart, qu’il jouait en concerto à huit ans, Daniel Barenboim est un familier de Bruckner, rodé par de nombreux concerts et déjà deux intégrales gravées des Symphonies avec le Chicago Orchestra et les Berliner Philharmoniker. Deux compositeurs radicalement différents pourtant, l’un toujours élégant et courtois, qui par une économie de moyens incarne une certaine forme de pureté dans l’expression ; l’autre, toujours à la recherche d’une intensité expressive maximale, et ne lésinant pas, pour ce faire, sur les grands climax et les effets orchestraux spectaculaires. Cependant, s’il y a une chose que la 7e Symphonie partage avec l’œuvre de Mozart, c’est bien l’intense luminosité qui s’en dégage. Les premières notes nous plongent dans une clarté éthérée avec ce vaste thème confié aux violoncelles sur un lit cotonneux de violons. On croirait respirer un air froid et raréfié, comme dans un paysage enneigé qui installe une atmosphère immatérielle de pureté et de sérénité, que Barenboim pénètre avec une grande acuité, par une battue toujours économe. Ce thème repris aux cors et aux bois prend une allure grandiose, et aboutit à un motif de la clarinette plus léger et plus incarné aussi, sur un accompagnement en staccato des bois. Si l’orchestre se montre remarquable par un son riche et homogène de grande facture, on regrette une certaine réserve expressive aux dépends de la générosité que l’on peut attendre chez Bruckner.  L’Allegro termine par un crescendo massif de tout l’orchestre, si typique du compositeur.

L’Adagio, dans la tonalité d’ut dièse mineur, est un hommage au maître de Bayreuth. Apprenant la mort de Wagner en février 1883, Bruckner, profondément affecté, aurait rajouté à la partition l’épilogue funèbre final. Les tubas wagnériens qui ouvrent le mouvement installent une gravité recueillie, qui comme toujours chez Bruckner n’est pas un poids, mais plutôt une aspiration vers l’élément divin, et en tant que tel le versant funèbre, tantôt introverti, tantôt solennel, se pare lui-aussi d’une clarté qui traduit toujours un espoir, peut-être une promesse de l’au-delà. 

Dans le Scherzo et le Finale, l'orchestre montre une énergie et un dynamisme qui convainquent d'emblée, et l'appel guerrier des trompettes dans le Scherzo impressionne par sa détermination.

Rendez-vous en janvier prochain pour la suite du cycle Mozart-Bruckner !

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