Le concert s’ouvre avec le Concerto pour violon n° 2 de Béla Bartók, mettant ainsi à l’honneur l’artiste associé de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon, le violoniste Renaud Capuçon. Le son de son instrument captive de suite l’oreille de l’auditeur par son jeu très à la corde, produisant un timbre très puissant. L’investissement du musicien ne se réduit pas à la pression de son archet sur les cordes – constamment et parfaitement maîtrisée – mais également des doigts de sa main gauche, que l’on entend même parfois frapper les cordes avec assurance et détermination. Musicalement, ce premier mouvement « Allegro non troppo » sonne donc avec toute l’assurance et le grain de son que l’on pourrait attendre de cette œuvre aux inspirations musicales des pays de l’Est. 

Renaud Capuçon © Jean-François Leclercq / Virgin Classics
Renaud Capuçon
© Jean-François Leclercq / Virgin Classics

L’investissement musical et physique du soliste contraste avec le calme du jeune chef polonais Krzysztof Urbański, aux mouvements de pas parfois doucement dansés. Le son de l’orchestre est alors tout autant différent : loin de la franchise du son de Renaud Capuçon, le sien possède beaucoup plus de rondeur – certainement exagérées, voire contraire aux inspirations tziganes. Cette différence s’estompe toutefois au cours du mouvement, se montrant capable de passages tout à fait saisissants. La cadence du violoniste sait garder toute l’attention du public, impressionné par cette technique impeccable qui aurait sans doute été plus appréciée si l’aspect « machine virtuose » était moins prononcé.

Ce regret se confirme lors du deuxième mouvement : si les émotions du violoniste sont visibles et que son jeu est indéniablement superbe, on souhaiterait une transmission de ses intentions plus évidente, plus réellement partagée avec le public. La présence de la partition, que Capuçon doit pourtant connaître par cœur, constitue-t-elle cet obstacle ? La direction du chef se montre toujours aussi souple, caressant le son de ses mains. Il semble néanmoins que les musiciens aient davantage besoin de précision, d’où des incertitudes entre vents et cordes et surtout des pizzicati de violons pas du tout en place. Dans l’« Allegro molto », malgré l’engagement du soliste qui sollicite un tempo plus allant, l’orchestre semble souvent à la traîne, retardé par les (réelles) difficultés de la partition. Cette difficulté est encore plus grande pour le soliste, dont on saisit toutefois la moindre note. Pour remercier le public de ses chaleureux applaudissements, Renaud Capuçon invite le chef d’attaque des premiers violons, Giovanni Radivo, à interpréter avec lui trois des Duos pour deux violons de Bartók avec malice et virtuosité, admirables jusque dans la présence des pizzicati.

La deuxième partie de concert met cette fois-ci à l’honneur tout l’orchestre avec la Symphonie n° 3 dite « Héroïque » de Ludwig van Beethoven. Comme en première partie, le premier mouvement « Allegro con brio » semble être le moment de mise en place et en devient même décevant : les décalages entre et au sein des pupitres sont fréquents, les musiciens ne paraissant pas toujours être tous d’accord sur le tempo. Certains premiers violons paniquent même lors des passages rapides ou à découvert, ponctués de démanchés douteux. Les pizzicati des seconds violons ne se montrent pas plus en place. C’est que les caresses du chef d’orchestre ne semblent pas donner toutes les informations dont les musiciens auraient besoin. Pourtant, la musique réussit à faire entendre d’intéressants reliefs. Si la marche funèbre du deuxième mouvement pourrait elle aussi gagner en précision rythmique, notamment dans la partie fugato où le contre-sujet évolue d’un pupitre à un autre, la pâte du chef apparaît dans le son de l’orchestre. Jamais l’Orchestre National de Lyon n’avait eu un son si équilibré et onctueux, avec une couleur piano délicieuse et des intentions de phrasés vraiment touchantes, offrant notamment des moments de statisme superbes, surtout à la fin du mouvement. Dans le scherzo, les musiciens se montrent beaucoup plus ensemble, emportant l’auditeur dans leur interprétation rebondie. Les gestes gracieux voire précieux de Krzysztof Urbański questionnent cependant quant à leur utilité. La clarté de l’exposition du thème du finale montre d’intéressantes couleurs et intentions malgré son apparente simplicité. L’orchestre retrouve toute la précision nécessaire pour convaincre pleinement, sachant mettre en évidence chaque partie intéressante par les différents instruments sans aucune brutalité.

Ce concert, tout à fait « héroïque », fut le dernier pour deux musiciens de l’orchestre qui y ont vécu quarante ans d’aventures musicales : le piccolo solo Benoît Le Touzé et le violoncelliste Jean-Etienne Tempo sont remerciés chaleureusement la directrice générale de l’Auditorium-ONL, Aline Sam-Giao, et applaudis avec émotion par le public lyonnais.

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