L’Orchestre National du Capitole de Toulouse accueillait vendredi soir un nouveau chef invité, Nicholas Collon, directeur et fondateur reconnu de l’Aurora Orchestra, personnage tourné vers la modernité et la rencontre des arts. Ravel est de nouveau mis à l’honneur en œuvre introductive. Une semaine après le monde de l’enfance, c’est ici les pièces tournées vers la danse, autre aspect cher au compositeur français, qui sont mises en avant. Hommage à Schubert, les Valses Nobles et Sentimentales constituent un laboratoire expérimental en huit chapitres.

Nicholas Collon © Benjamin Ealovega
Nicholas Collon
© Benjamin Ealovega

La direction de Nicholas Collon contraste nettement avec celle de Gustavo Gimeno la semaine précédente. Sa présence sur l’estrade est très peu expressive et mobile, concentré sur la mesure. Les nombreuses parties de percussion agencées par Ravel (sept instrumentistes) s’en retrouvent encore plus renforcées tout au long de la pièce. La troisième valse laisse plus de place au brillant des cors qui agissent en échos. La septième est sans doute la plus classique du genre, dirigée comme telle pas le chef d’orchestre. Il repousse au maximum le dernier accord du huitième chapitre, activant le dernier souffle de l’ONCT pas un geste minimaliste de l’index.

Le cœur du spectacle, résolument tourné vers les pionniers d’après le livret, accueillait le Concerto pour violon de l’américain John Adams interprété par le jeune talent de son compatriote Chad Hoopes. Le premier mouvement Noire = 76 jète un certain froid par son atonalisme et la multiplicité des motifs minimalistes. Il n’en est pas moins exceptionnel par sa virtuosité et le violoniste enchaîne sans sourciller arpèges, doubles cordes et trilles. L’exigence de la partition explique surement sa présence et le refus du par cœur. Son vibrato extrême couvre sans excès le flot continu de l’orchestre, et trouve un écho dans les cloches tubulaires. On aurait bien du mal à lister tous les effets portés par la partition tant elle se veut la synthèse des grands courants musicaux qui la précèdent. De nouvelles sonorités sont apportées par les synthétiseurs, par l’utilisation des pizz qui croassent et couvrent presque le soliste par moments. Le staccato accentué du Stradivarius renvoie par moment à la musique populaire, alors que certains glissandi font penser au jazz. Le second mouvement Chaconne, reprend clairement la tête de la basse du Canon de Pachelbel, lui conférant une couleur toute particulière par le langage. L’idée du Toccare est bien symbolisée par le début quasi perpetuum mobile et alors que les premiers violons se saisissent de leur instrument comme d’une guitare. Ovationné par le public, Chad Hoopes interprète en bis la Siciliana de la Fantaisie n°9 de Georg Philipp Telemann, toujours avec un vibrato très romantique et une pulsation lancinante, comme pour prolonger l’atmosphère laissée par le concerto.

Les Planètes nous ramènent à la première partie du XXe siècle avec Gustav Holst. La plus célèbre œuvre du compositeur britannique, elle aussi forte d’un effectif instrumental important, déchaîne sa puissance tellurique. Mars et Jupiter font notamment trembler galeries et strapontins. Malgré l’énergie amenée par la partition, la direction de Nicholas Collon reste imperturbable de régularité et de mesure, sauf peut-être lors du cinquième mouvement (Saturne), beaucoup plus émouvant et héroïque. Le chœur du Capitole et ses pupitres de femme surgissent des coulisses à la fin de l’ultime mouvement (Neptune) et surprend le public. Les deux ensembles toulousains et leur chef pour cette soirée sont longuement applaudis par le public, avec en tout six saluts. Il est vrai qu’étaient réunies sur ce programme, trois grandes figures alliant l’invitation au voyage, une rythmique multiple et une innovation compositionnelle certaine.