Mardi soir, la contralto Nathalie Stutzmann était à la Chapelle de la Trinité de Lyon avec son ensemble Orfeo 55 pour un récital « Les héros de l’ombre », issu de son dernier album. Le projet était de faire ressortir non pas les héros des premiers rôles des opéras de Haendel, naturellement mis en lumière, mais les secondaires (voire parfois les tertiaires) aux partitions souvent injustement oubliées.

Nathalie Stutzmann © Simon Fowler
Nathalie Stutzmann
© Simon Fowler

Le programme de la soirée est intelligent et juste, dosant et alternant sinfonia, concerto et aria, passant d’un opéra à l’autre avec un naturel qui nous porterait presque à croire que ce n’est finalement qu’une seule et même œuvre que nous entendons. Pourtant, nous entendons bien ce soir Alessandro, Serse, Agrippina, Radamisto, Partenope, Amadigi, Orlando, Arianna in Creta, Poro et Giulio Cesare. C’est d’ailleurs ce dernier qui commence la soirée avec son Ouverture.

Dès les premières notes, nous pouvons déjà apprécier la chef Nathalie Stutzmann qui excelle indéniablement dans l’exercice de la direction. C’est d’ailleurs un véritable spectacle à part entière : la gestuelle de ses mains (une baguette aurait été totalement superflue) offre des mouvements incroyablement gracieux. Le baroque résonne avec un air de renouveau et de redécouverte dans cette chapelle.

Si le tracé de ses doigts dans l’air est fascinant, c’est bien l’ensemble de son corps qui dirige : « Je les dirige toujours, mais pas forcément avec le bras. Quand je suis en train de chanter, je peux les diriger d’un regard, d’une inspiration, d’une inflexion de voix ». Ainsi, durant l’aria di Arsamene, « Non so se sia la speme », c’est parfois avec un simple mouvement de sourcil que Stutzmann mène l’orchestre, tournée vers le public pour chanter.

Effectivement, là était l’autre challenge de la soirée : être à la fois chef et chanteuse. Le timbre de la contralto, si net et propre, est malheureusement souvent couvert par l’orchestre qui ne parvient alors pas à ajuster sa puissance à la voix qu’il accompagne. Il s’agit probablement du principal danger de cette double casquette endossée par l’artiste : la voix est certes l’instrument le moins encombrant pour diriger un ensemble, mais il rend plus difficile l’équilibre entre ces éléments.

Malgré cela, comment ne pas noter l’impressionnante puissance des notes les plus graves qui résonnent même davantage que les médiums ? La justesse de l’interprétation fait réellement sortir de l’ombre ces héros de Haendel et l’on ne peut que noter le plaisir d’entendre et de voir un ensemble aussi dynamique qu’Orfeo 55, dont les membres plein de vie ont véritablement participé à l’atmosphère de cette soirée. On pense, par exemple, aux échanges de regards complices ou bien au rire partagé en silence sur scène, sans pour autant que cela ne gêne ou n’empiète sur la qualité du spectacle, bien au contraire !

Malheureusement, si l’on entend Nathalie Stutzmann chanter, on ne l’entend pas parler : aucune présentation des quatre rappels et l’impression de partage avec le public reste un peu mitigé malgré la qualité de sa direction.

Une chose est indéniable : l’Ensemble Orfeo 55 sous les mains experte de leur « maestra » est bien une référence pour les amoureux du baroque !

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