Une bien jolie affiche que celle concoctée par Arie Van Beek, chef de l’Orchestre de Chambre de Genève et homme de grande culture, qui a le don de nous faire saliver en nous proposant de très beaux programmes comme celui d’hier,  intitulé « Soirée russe ». Arie nous offrait sa vision de la très belle symphonie 90 en ut majeur de J. Haydn, puis le tonique concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes de D. Chostakovitch, en deuxième Haydn, le concerto en mi bémol majeur pour trompette et orchestre, puis la 9ème symphonie de Chostakovitch, conviant David Guerrier à la trompette et Andreï Korobeinikov au piano.

Arie Van Beek © Ludovic Combe
Arie Van Beek
© Ludovic Combe

Arie Van Beek s’entend à créer du lien entre ses différentes pièces : elles illustrent toutes un certain esprit et humour, que ce soit Haydn et ses motifs toujours juvéniles et son invention, ou Chostakovitch dont on sent toujours l’ironie, l’humour grinçant et la raillerie, au delà d’une certaine éloquence et ses pupitres de cuivres fastueux! 

Ambiance sombre d’une belle soirée chaude au Bâtiment des Forces Motrices de Genève hier soir… La salle entièrement baignée de pénombre découvrait cette très dynamique symphonie 90 en ut majeur de Joseph Haydn en quatre mouvements, composée à 56 ans, et qui fait partie de la série du Comte d’Ogny pour les concerts de la Loge Olympique, soit une des quinze dernières symphonies du compositeur. L’instrumentarium comprend une flûte, deux hautbois, deux bassons, deux cors (pouvant être remplacés par des trompettes), timbales et cordes.  

C’est avec un 1er mouvement plein d’attrait que nous prenons contact avec la jolie sonorité de l’Orchestre de Chambre de Genève, dont on aura relevé les très belles interventions de Catherine Stütz, flûte solo, toute de musicalité et de rondeur. On aura pu regretter ponctuellement l’intonation de Pascal Michel, violoncelle solo, ainsi que celle des cors, un brin dissonants et forts, un public un peu perdu, qui applaudit à la fin de chaque mouvement enlevé. Mais l’énergie du chef galvanise l’ensemble d’une bien belle manière : dans l'ensemble, ce Haydn a eu du panache !

Le concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes de D. Chostakovitch, fait partie d’une des merveilles à petit effectif du compositeur russe. C’est avec cette œuvre miraculeuse qu’on a eu le plaisir d’entendre le son riche et doré de David Guerrier, trompettiste virtuose, qui fut il y a quelques années, le complice d’une version d’anthologie de ce même concerto, au Festival de Verbier, au côté de Martha Argerich.

David Guerrier - par sa virtuosité et sa musicalité - touche directement à l'âme de cette musique foisonnante d’éléments badins comme d’autres plus sombres, véritable échange entre l’orchestre, le piano et la trompette. Le piano un brin sec d’Andrei Korobeinikov aura manqué d’envergure et de legato, sans démériter cela dit, bien au contraire.

La direction claire d’Arie Van Beek, jouant surtout sur les effets de contrastes, dans une musique qui n’en manque pas, aurait gagné en un peu plus de noirceur et d’âpreté. L'orchestre à cordes aurait pu plus dense et plus acteur au sein de l'échange qu’accompagnateur.

Le concerto en mi bémol majeur de Haydn, composé en 1796 et créé à Vienne le 28 mars 1800, en trois mouvements, dont l’andante central rappelle l’hymne autrichien composé en 1797, par le même compositeur, a eu plus de mal à s’imposer après une œuvre si poignante que le concerto de Chostakovitch. Les équilibres plus préservés à l’orchestre dans ce Haydn, avec toujours ce son de vif argent de David Guerrier ont participé à en faire tout de même un beau moment, empreint de musicalité.

La symphonie 9 de Chostakovitch est la plus classique dans la forme des symphonies du compositeur russe, et par certains aspects, elle évoque la délicatesse de Haydn.

En cinq mouvements, (Allegro-Moderato-Presto-Largo-Allegretto), l’ampleur de cette symphonie nous éloigne tout de même du classicisme d’Haydn, puisqu’on y retrouve la force des pupitres de cuivres qui font sa marque sonore.

La vision d’Arie Van Beek est convaincante, tout comme les très belles interventions du basson solo, Ludovic Thirvaudey, ainsi que la musicalité de Cindy Lin à la clarinette. On aura relevé aussi les très beaux passages au piccolo de Tania Mazzuccheli dans des passages très à nu. Bien sûr l’effectif réduit de l’orchestre offre à entendre des équilibres entre vents, cuivres et cordes assez surprenants, mais finalement intéressants.

Une belle soirée, dont on aura apprécié la musicalité des artistes, mais dont les alternances stylistiques n’auront certainement pas été en faveur de Haydn.

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