À la tête de l'Orchestre National Montpellier Languedoc Roussillon, Christian Arming nous propose de concilier trois compositeurs tchèques aux langages et positionnements esthétiques très différents. Smetana, Janáček et Dvořák se trouvent réunis respectivement autour des œuvres Sarka, extrait de Ma Vlast (Ma patrie), de la rhapsodie pour orchestre Taras Bulba et de la cinquième symphonie. Ces trois œuvres nous offrent des rapports différents à l'héritage musical et culturel de leur pays. La juxtaposition de Bedřich Smetana et de Leoš Janáček, durant la première partie de la soirée, met en évidence le langage résolument plus moderne du second qui puise au sein des musiques populaires afin d'enrichir son matériau compositionnel en se les appropriant, en les intégrant à son langage sans faire seulement état d'une recontextualisation. Si le langage est plus moderne, cela ne doit en aucun cas être entendu ici comme un jugement qualitatif, seulement comme l'analyse d'un fait témoignant de l'évolution des idiomes musicaux.

Christian Arming © Shumpei Ohsugi
Christian Arming
© Shumpei Ohsugi
L'ensemble perçu prouve que la venue de Christian Arming, actuel directeur musical de l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège, constitue un apport dont les bénéfices sur la qualité d'interprétation de l'Orchestre National Montpellier Languedoc Roussillon sont sans appel. En effet, la grande précision de direction, les qualités d'analyse et probablement la pertinence des directions de travail données en répétition laissent transparaître un résultat qui se révèle positif. Christian Arming affiche clairement sa volonté de conduire l'orchestre vers une interprétation honorable et de qualité. Vœu qui vient à se concrétiser. En revanche, l'usage d'une grande rigueur dans la gestuelle, élément considéré comme positif, génère une interprétation qui gagnerait à tendre vers davantage de liberté et de mouvance en ce qui concerne la conception du temps. Nonobstant ces critères, dès la première pièce, le chef d'orchestre s'affiche comme un révélateur. Il nous dévoile les qualités potentielles de cet orchestre, souvent non révélées durant cette saison. Nous percevons la limitation de temps de collaboration avec l'orchestre mais Christian Arming a véritablement su le rentabiliser au mieux et aboutir à des objectifs musicaux emplis de conviction. L'ensemble du résultat est prometteur et prouve que l'Orchestre National Montpellier Languedoc Roussillon ne peut qu'être bénéficiaire d'un éventuel renouvellement d'invitation envers Christian Arming.

L'interprétation de la cinquième Symphonie de Dvorák témoigne d'un pouvoir de conviction variable en raison de l'hétérogénéité de la qualité de l'ensemble. Les deux premiers mouvements sont relativement convaincants, une texture de grande qualité se dégage tout particulièrement du second mouvement durant lequel le temps se trouve suspendu. La structure de l'ensemble du discours musical est saillante, preuve d'une analyse et d'une mise en œuvre approfondie. L'orchestre peine ensuite à tenir la programmation jusqu'à son terme en assumant malgré tout un final à la hauteur du programme. Néanmoins, de nombreuses imperfections ponctuelles viennent dévaloriser le travail d'ensemble. La fréquence relativement importante de ces incidents vient stimuler trop rapidement notre mémoire et nous évoque certains problèmes récurrents de l'orchestre. Notons par exemple le manque de justesse de certains pupitres et certains départs non assumés, ces derniers suscitant souvent l'émergence d'une certaine instabilité.

Nous espérons que l'ensemble de l'orchestre saura tirer pleinement profit de l'apport de Christian Arming dont la venue se révèle être, à l'écoute de ce concert, une véritable chance, une note d'espoir et une véritable perspective d'évolutions de l'identité sonore, de la texture et de l'homogénéité de l'Orchestre National Montpellier Languedoc Roussillon. Ce concert constitue un exemple flagrant de l'importance et de la nécessité du travail avec des chefs invités de cette envergure. Merci, tout simplement, à Christian Arming.