Les musiciens titulaires de l'Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon et certains de leurs collaborateurs ont proposé de servir deux projets chambristes aux esthétiques différentes : le Quintette en mi bémol majeur pour piano et vents KV 452 de Mozart (1756-1791) et le Sextuor à cordes Souvenir de Florence opus 70 de Tchaïkovski (1840–1893). Cette articulation dualiste du programme s'est transformé alors en deux pôles d'interprétation, l'un caractérisé par l'excellence tant sur le plan d'ensemble que de l'individu, l'autre sur l'amoncellement de bévues.

C'est autour du pianiste Christophe Sirodeau, le seul à tirer son épingle du jeu de cette première partie, que se sont réunis les principaux représentants des postes titulaires de bois de l'orchestre afin d'interpréter le Quintette en mi bémol majeur KV 452 de Mozart. D'un point de vue d'ensemble, au-delà d'une écoute chambriste absente de la part des vents, d'une gestion des plans sonores inexistantes ne tenant quasiment jamais compte des propositions extrêmement pertinentes du pianiste, nous noterons à de nombreuses reprises des problèmes de mise en place et de précision des hauteurs qui viennent malencontreusement contraster avec le jeu admirable de Christophe Sirodeau alliant légèreté, esthétique mozartienne maîtrisée, sens de l'écoute, travail timbrique dans la plus pure simplicité. De ce fait, le clarinettiste, le corniste et parfois le hautboïste – peut-être par solidarité – proposent des phrases à la justesse malmenée dont la précision de l'acoustique de cette salle ne facilite pas l'esprit de tolérance. Tout espoir de transcendance et d'émergence lié à la simplicité mozartienne si délicate se voit alors devenir vain malgré les innombrables qualités musicales du pianiste. Ce ne sera finalement pas, d'un point de vue de l'interprétaton, la « perle des perles » comme l'avait qualifiée l'écrivain et médecin français Henri Ghéon au début du siècle dernier. Au travers de ce discours où Mozart joue avec les codes et les conventions d'écoute de l'époque, un public déstabilisant ou déstabilisé vient applaudir entre chaque mouvements, une curiosité supplémentaire...

En revanche, l'ensemble de musique de chambre constitutif de la deuxième partie du concert nous a présenté une interprétation du Sextuor à cordes Op. 70 de Tchaïkovsky empreinte d'une énergie débordante. À l'opposé de leurs homologues, leur interprétation témoigne d'une gestion de l'espace et des plans sonores d'un intérêt admirable, d'une homogénéité de texture remarquable suscitant des émergences notables notamment sur les qualités timbriques. Le sens du phrasé, de l'équilibre des parties, la mise en relief de la structure globale, l'unité instrumentale témoignant d'un grand sens de l'écoute étaient le corollaire de prestations individuelles d'un niveau notable. Leurs qualités respectives de musiciens chambristes ainsi que leur virtuosité donnaient un relief et une dimension d'ensemble à féliciter de par la tenue inexorable de la trajectoire discursive tout au long des quatre mouvements.

« La joie de vivre s'exprime ici à plein, et ce n'est pas un simple bonheur qui se donne à entendre, mais une véritable rage de vivre, de profiter de la vie », ces quelques lignes extraites de la note de programme, emplies d'un certain lyrisme, se conjuguent particulièrement bien a posteriori avec le message transmis par les interprètes du sextuor. Comme le souligne Pierre Corneille : « qui veut tout retenir laisse tout échapper » ; nous préférerons donc tenter de ne pas retenir dans notre mémoire la proposition de cette première partie du concert, ne souhaitant en aucun cas oublier une telle interprétation du Sextuor Op. 70 de Tchaïkovski.

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