L’Opéra Berlioz de Montpellier accueillait mardi 15 juillet à 20h le premier opéra de l’édition 2014 du Festival Radio France – Montpellier Languedoc Roussillon, en version concert : Zingari, de Leoncavallo, créé en 1912 à Londres et plus ou moins tombé dans l’oubli depuis. Sous la direction de Michele Mariotti, l’Orchestre Symphonique de Barcelone et National de Catalogne accompagnait les chanteurs Leah Crocetto, Danilo Formaggia, Fabio Capitanucci et Sergey Artamonov soutenus par le chœur Orfeón Donostiarra. Une œuvre courte où les passions s’expriment avec ardeur, des interprètes pleins de l’énergie exigée par le vérisme : une réussite.

Zingari, Leoncavallo Opéra Berlioz © Marc Ginot
Zingari, Leoncavallo Opéra Berlioz
© Marc Ginot

Festival de Radio France oblige, le concert ne débute pas immédiatement. Une fois les musiciens entrés sur scène et le public assis, les lumières s’éteignent et la voix d’Arnaud Merlin résonne dans la grande salle de l’opéra : il présente les interprètes, annonce quelles œuvres vont être jouées, évoque en quelques mots leur contexte de création et leurs particularités stylistiques. Cette courte introduction se révèle très efficace, permettant à ceux qui n’ont pas eu le temps de lire leur programme d’apprendre en trois minutes les caractéristiques majeures de ce qu’ils vont entendre, et plongeant les spectateurs plus avertis dans une atmosphère propice à l’écoute. Le procédé original, réitéré à la fin de l’entracte, s’inscrit dans le cadre d’un événement programmé par la radio et diffusé en direct sur France Musique, certes, mais donne aussi l’occasion de réfléchir aux formats des concerts et à la possibilité d’y introduire un peu plus de pédagogie.

Très brève, la première partie du concert est pensée comme un amuse-bouche : l’orchestre joue la vigoureuse suite d’orchestre n°5 de Jules Massenet, choisi en sa qualité d’ami de Leoncavallo. Les Scènes napolitaines (sous-titre de l’œuvre) sont au nombre de trois, la danse, la procession et la fête, trois thématiques supposant la même énergie flamboyante. L’Orchestre Symphonique de Barcelone et National de Catalogne est emmené avec un enthousiasme joyeux par Michele Mariotti, animé par cette musique chaleureuse tout en restant toujours concentré et attentif à la partition. Le public est ravi et prêt à accueillir l’œuvre tant attendue de Leoncavallo.

Le titre de l’opéra, Zingari, signifie « Les Tsiganes », d’après le poème dramatique de Pouchkine datant de 1824. C’est un texte qui a inspiré de nombreux opéras, la plupart de compositeurs russes (par exemple Rachmaninov) : celui de Leoncavallo s’inscrit dans l’esthétique vériste, style grâce auquel il a rencontré le succès avec la création de Paillasse (1892), mais qu’il a délaissé depuis. A l’occasion d’une reprise écourtée de Paillasse qui rencontre un très vif succès, l’Hippodrome de Londres commande à Leoncavallo un nouvel opéra répondant aux mêmes codes, ce qui entraine la composition de Zingari. L’intrigue est simple et terrible, fondée sur les conséquences funestes que déclenchent les passions amoureuses : Fleana, bohémienne, fuit les siens pour vivre son amour avec un étranger, Radu. Ils sont découverts et mariés, mais Tamar, poète bohémien, est lui aussi amoureux de Fleana et très jaloux de Radu. Grâce à ses déclarations poétiques, Tamar réussit à séduire Fleana qui rejette alors Radu de manière provocante ; furieux, celui-ci tue les deux amants en brûlant la roulotte où ils étaient réunis.

Leah Crocetto incarne une Fleana imposante, tout en rouge, la tête haute, le regard fier et le sourire duplice. Son coffre impressionnant lui procure une aisance parfaite et lui permet de donner une allure très réaliste au personnage, d’autant que ses aigus ronds et surpuissants laissent place à des accents quelque peu métalliques dans le registre medium : la soprano semble devenir tsigane le temps de la représentation, tant sa voix est adaptée au rôle de la jeune femme rebelle. Le ténor Danilo Formaggia remplace Stefano Secco en Radu. L’ardeur qui porte sa voix est appréciable et tout à fait en rapport avec son personnage, mais confère à sa ligne de chant un ton parfois un peu poussif. Le poète Tamar est interprété par le baryton Fabio Capitanucci, dont le timbre clair et agréable manque de force par moments : les belles couleurs orchestrales masquent régulièrement la voix légèrement étouffée du chanteur. Sergey Artamonov est en revanche parfaitement convaincant dans le rôle du vieillard. Son admirable voix de basse lui donne l’occasion de dramatiser ses interventions, ce qu’il fait avec spontanéité et justesse. On regrette l’hétérogénéité du chœur, qui sait émettre un son tonitruant mais ne brille pas par sa précision rythmique.

L’opéra de Leoncavallo ne requiert pas de faire preuve d’imagination dans l’interprétation, mais simplement d’être fougueux et de déployer une intonation passionnelle. Sans exagération, Zingari aurait sans doute été une œuvre ennuyeuse ; mais les interprètes ont su restituer les contrastes du drame, se drapant de lyrisme dans les passages d’amour et mimant la haine ou le mépris dans les scènes d’affrontement. A quand la version scénique ?