Au Festival de Bellerive, près de Genève, la passion de la musique vivante qui anime les bénévoles de l'équipe organisatrice et leur public ont obtenu une belle satisfaction, ce 1er septembre. Lors de cette soirée consacrée aux 250 ans de la naissance de Beethoven, Alexandra Conunova, Camille Thomas, Shani Diluka et Finghin Collins ont enchanté, en solo, duo et trio, les auditeurs venus profiter d'un splendide programme dans un cadre charmeur : les rives du Léman et des monts environnants enveloppés dans le crépuscule d'un été finissant. Les artistes ont tenu à saluer la détermination des responsables parvenant à maintenir ce festival, dans une situation actuelle compliquée, faisant redoubler les applaudissements du public.

Finghin Collins © Ophélie Selz
Finghin Collins
© Ophélie Selz

Indisponible, István Várdai est remplacé par Camille Thomas qui ouvre le récital au côté du pianiste Finghin Collins pour les 7 variations sur un thème de La Flûte Enchantée pour violoncelle et piano de Beethoven. Le jeu de Finghin Collins est d'un enthousiasme débordant. La belle dépendance rénovée de la Ferme Saint-Maurice à Bellerive, sous son impressionnante structure de bois, vibre puissamment, offrant cependant parfois une acoustique un peu sèche. Les variations 2 et 5 du thème mozartien en particulier joignent à la puissance du clavier une belle virtuosité également partagée par Camille Thomas. Après une introduction délicate et inspirée au piano, la violoncelliste s'exprime avec brio et sensibilité dans l'Andante de la variation 6. Variation aux abondantes triples et quadruples croches, appoggiatures et trémolos. La dernière variation est enlevé avec entrain, les forte du piano ayant tendance, toutefois, à atteindre un fortissimo qui altère quelque peu la légèreté de ce finale.

C'est un Finghin Collins brûlant d'impatience qui reprend place au clavier, avouant à l'assistance combien fut douloureux pour lui d'être privé, des mois durant et jusqu'à ce jour, de toute expression de son art en public. Et c'est ainsi sur le ton d'une délivrance personnelle que le pianiste exécute de manière tout enfiévrée la Sonate « Appassionata » de Beethoven. Cette interprétation peut susciter deux sentiments. D'une part, la stupéfiante énergie dégagée, appuyée sur un fort engagement physique, sur des effets sonores ébouriffants, fait un peu regretter de ne pas pouvoir être replacée dans un lieu tel une vaste scène de plein air ou quelque monumental Concert Hall ; une moindre réverbération permettant sans aucun doute de mieux saisir toutes les dimensions du jeu, notamment la puissance des formidables accords plaqués.

L'autre sentiment est celui d'une admiration sans retenue pour la virtuosité du pianiste qui, sur un rythme véloce, déploie, équilibre et fait dialoguer avec une prodigieuse aisance les différents registres du clavier. Ceci étant naturellement vrai pour les premier et dernier mouvements vifs, tandis que l'« Andante con moto » procure une heureuse respiration. Cheminement calme vers les ornements de la dernière variation qui soulignent une profonde inspiration en, particulier avec le pianissimo final, créant une forme d'intimité à laquelle la salle pouvait aspirer. Les pianissimos tout aussi expressifs qui ponctuent le troisième mouvement s'inscrivent dans un tempo d'une stupéfiante vélocité et c'est ainsi que se conclut une surprenante interprétation, chaleureusement applaudie. Sans transition, une autre face de la personnalité de Finghin Collins apparaît lorsque, revenant sur scène, il offre en bis un émouvant Nocturne n° 5 de John Field, compositeur irlandais à l'origine d'un genre qui sera cher à Chopin.

Alexandra Conunova, Shani Diluka et Camille Thomas © Ophélie Selz
Alexandra Conunova, Shani Diluka et Camille Thomas
© Ophélie Selz

Le concert s'achève sur un admirable Trio pour piano et cordes op. 1 n° 3 du compositeur de la soirée, magnifiquement interprété par Alexandra Conunova, Camille Thomas et Shani Diluka. La somptueuse sonorité des instruments, la délicatesse du jeu des archets et celle du toucher au piano, l'extrême finesse des nuances ainsi que la cohésion de l'ensemble, en particulier dans la tenue du rythme, ne manquent pas de frapper, dès le premier mouvement. Dans ces conditions, le dialogue entre les trois instruments lors des variations virtuoses du deuxième mouvement « Andante cantabile » ne peut manquer de séduire, en particulier la troisième variation où de délicieux et frondeurs pizzicati accompagnent les lignes complexes du piano. Les autres variations ne sont pas moins saisissantes avec, notamment, des attaques extrêmement nettes et une plaisante fluidité.

Les deux derniers mouvements consacrent encore les qualités personnelles des interprètes et leur remarquable unité jusqu'à la coda finale qui s'anime peu à peu en une belle envolée. Le bis proposé par les musiciennes, deuxième mouvement du Trio op.100 de Schubert, clôt la soirée dans une atmosphère méditative et expressive, emplie de générosité et de sérénité.

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