La nouvelle saison du Club musical de Québec s’ouvrait lundi soir avec un récital d’un ensemble peu connu des mélomanes québécois. Trois semaines après s’être produit au Wigmore Hall de Londres, le Danish String Quartet posait momentanément ses valises dans la capitale québécoise, première étape d’une série de 12 concerts en Amérique du Nord. Composé, comme son nom l’indique, de musiciens danois – à l’exception du violoncelliste Fredrik Schøyen Sjölin, originaire de Norvège –, l’ensemble roule sa bosse depuis 2002 à travers la planète. À l’instar d’autres jeunes formations comme le Quatuor Ébène, le Danish se distingue en ajoutant aux grands jalons du répertoire des œuvres moins connues, puisant autant du côté de la musique contemporaine que du folklore. Le public présent au Palais Montcalm a ainsi eu droit à un quatuor de Haydn (l’opus 20 n° 2), à une sélection d’arrangements de mélodies populaires scandinaves et à une œuvre de maturité de Beethoven (l’opus 135).

Le Danish String Quartet, ovationné par le public du Palais Montcalm © André Desrosiers
Le Danish String Quartet, ovationné par le public du Palais Montcalm
© André Desrosiers

Comme en témoignent la chaleur des applaudissements et les commentaires entendus à la sortie de la salle, c’est le segment folklorique qui a le plus obtenu la faveur du public. Merci au Danish String Quartet de nous rappeler que la musique savante n'est pas seule à avoir sa place dans une programmation : l'associer à la musique populaire est un choix toujours judicieux. Réalisés spécialement pour l’ensemble, les cinq arrangements, inspirés autant du jazz que du minimalisme, dirigeaient successivement les projecteurs sur les membres du quatuor et ont mis en lumière la richesse du patrimoine folklorique scandinave, dont la parenté avec le folklore des îles Britanniques – qui a lui-même inspiré celui du Canada français – a paru évident à toute la salle. Le tout a été livré avec un entrain contagieux et un remarquable fondu d’ensemble. Il fallait voir le premier violon Rune Tonsgaard Sørensen taper du pied en enchaînant des traits virtuoses évoquant quelque veillée de danse, ou l’altiste Asbjørn Nørgaard accentuer joyeusement les passages syncopés.

Si l’ensemble révèle des qualités évidentes dans les partitions de Haydn et Beethoven, notamment en termes d'écoute mutuelle et d'engagement, il reste qu'il ne se situe pas sur le dessus du panier au niveau mondial. Avant d’égaler les Emerson et Takács de ce monde, le Danish String Quartet aura à aller plus loin dans l’équilibrage des nuances, la consistance des nuances piano et la cohésion d’ensemble. La circulation des motifs entre les différents instruments au début de l’opus 135 aurait pu, par exemple, être plus organique. Le parti pris de jouer le menuet du Haydn pianissimo était également loin d’être mauvais, mais s’est en partie réalisé au détriment de la fermeté sonore. Nous avons néanmoins assisté à des moments très puissants au cours de cette soirée, notamment dans le mouvement lent du Beethoven, joué comme en apesanteur, ou dans l’ « Adagio » du Haydn, qui nous a permis de savourer la douceur de la chanterelle de Tonsgaard Sørensen. Les dernières mesures du finale de Beethoven, jouées à l’arraché dans une sorte d’amère résignation, ou le retour du thème principal, presque susurré, dans le premier mouvement du Haydn, valaient à eux seuls le déplacement.

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