Pour son retour sur la scène du Palais des Beaux-Arts aux côtés du Belgian National Orchestra, Lise de la Salle avait choisi le Troisième Concerto pour piano de Prokofiev, longtemps le plus populaire des cinq du compositeur.

Lise de la Salle
© Stéphane Gallois

La pianiste française offre de cette œuvre – supplantée aujourd’hui au programme des concerts par le plus difficile encore Deuxième – une version de tout premier ordre, pleine d’audace et d’électrisante énergie. Après le beau solo de clarinette qui ouvre l’œuvre, elle fait directement entendre une sonorité claire et puissante, une vivacité de tous les instants. Dans le délicat Tema con variazioni qui suit, elle donne à entendre de splendides dégradés de sonorités avant de se lancer tête la première dans l’épisode qui clôt ce second mouvement. Lise de la Salle se montre parfaitement réceptive au côté mécanique et moderne de la musique, sa technique souveraine lui permettant de ne se crisper à aucun moment. Épaulée tout au long de l’œuvre par un Orchestre national en grande forme (dont le chef pétersbourgeois Stanislav Kochanovsky a réussi à étonnamment russifier la sonorité), la pianiste française se montre particulièrement à son aise dans un finale moqueur et plein d’esprit. Chaleureusement applaudie par une salle bien remplie, Lise de la Salle offrira un bis tout à fait inattendu sous la forme du Viper’s Drag du grand pianiste de jazz Fats Waller, interprété ici avec une virtuosité aussi affirmée que scintillante.

L’intelligente programmation de ce concert offrait trois œuvres créées entre 1920 et 1940, Prokofiev se trouvant encadré par deux pages orchestrales rarement entendues, à commencer par le Concerto pour orchestre de Zoltán Kodály. Créée en 1940 pour célébrer le cinquantième anniversaire du Chicago Symphony Orchestra, l'œuvre se présente en trois parties enchaînées, deux mouvements rapides solaires et optimistes encadrant un mouvement lent conçu pour permettre aux cordes solos de l’orchestre de briller, ce qui nous a valu de belles interventions des chefs de pupitres des violoncelles, altos et violons.

L’orchestre et son excellent chef à la sobre autorité s’y sont montrés sous leur meilleur jour, tout comme ils le feront après l'entracte dans la rare Symphonie « Mathis der Maler » de Hindemith, œuvre en trois mouvements écrite en 1933-34 à la demande de Furtwängler pour les Berliner Philharmoniker et inspirée par le célèbre retable d’Isenheim de Matthias Grünewald dont elle illustre trois fragments. Cette exécution à la fois dynamique et sensible est de celles qui font beaucoup pour dissiper l’image éculée d’un Hindemith compétent mais scolaire et ennuyeux. Excellemment écrite pour l’orchestre (on ne s’attend pas à moins de la part de ce compositeur), la partition est interprétée avec beaucoup de sûreté par Stanislav Kochanovsky et la phalange bruxelloise qui impressionnent en particulier dans la Mise au tombeau, rendue avec beaucoup de sérénité et de transparence, ainsi que dans la Tentation de Saint-Antoine qui clôture la symphonie et où toutes les sections de l’orchestre se mettent en valeur. Mention particulière pour les cuivres, superbes dans le choral qui conclut l’œuvre.

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