Comme pour couronner une semaine marquée par l’alternance de précipitations (dont une tempête de neige) et de ciels ensoleillés, le concert « Le Printemps de Schumann » de l’Orchestre Métropolitain s’est déroulé sous le signe du contraste. Le chef Jordan de Souza a en effet intensément exploité cet élément, et son approche, alliée à des prestations exceptionnelles du violoncelliste Maximilian Hornung et de l’orchestre, a fait de la soirée un grand succès.

Jordan de Souza © Brent Calis
Jordan de Souza
© Brent Calis

De Souza et Hornung n’ont certainement pas eu de difficulté à s’accorder sur le sens à donner au Concerto pour violoncelle de Schumann. Dans l’exécution, tout concourt à marquer les oppositions d’humeur. L’orchestre aussi bien que le soliste traitent avec le plus grand soin les nuances et les silences, de même qu’ils veillent à varier l’expression là où le texte l’exige. Les phrasés caractéristiques de Hornung débutent par une projection ferme, presque plate, puis se terminent par un vibrato généreux, affolé par endroits. Le goût du contraste est frappant dans le deuxième mouvement en particulier où l’expression change du tout au tout. Loin de l’ostentation émotive du premier mouvement, Hornung adopte ici un ton rasséréné, avec des doubles cordes sobres et des respirations profondes, qui donnent à cette partie de l’œuvre un aspect très rafraîchissant. Pour la relation du soliste avec les autres instrumentistes, elle est symbiotique : Hornung, quand il ne joue pas, se laisse bercer par la musique de l’orchestre et y puise son énergie pour livrer ses propres lignes, comme dans l’époustouflante cadence du troisième mouvement. De plus, ses fins de phrases ne pâtissent jamais d’un volume fort chez les autres instrumentistes. Cette qualité s’apprécie notamment dans les dernières mesures du mouvement final, où le violoncelle s’esquinte à coups d’arpèges montants et parvient à se faire entendre jusque dans le registre le plus aigu, malgré de fermes ponctuations à l’orchestre. Aux instances d’un public conquis, Hornung offre en rappel un extrait d’une des suites pour violoncelle de Johann Sebastian Bach.

Les mêmes scrupules apportés aux contrastes président à l’interprétation de la Symphonie n° 1 de Schumann, dite « Le Printemps ». De Souza démarque très clairement les diverses sections de l’œuvre, tantôt en insistant sur un silence, tantôt en variant l’expression – comme dans le quatrième mouvement où, après des motifs syncopés aux bois sur des trémolos de cordes et de longues notes aux cuivres, le hautbois offre une ligne dépouillée qui cède le pas à une courte cadence de la flûte, ludique et frivole. De même, le chef prépare soigneusement les sforzando, de manière à donner à la musique tout son relief. Tout cela confère à la symphonie un caractère très vivant et ravive constamment l’attention du public.

La Chanson de printemps de Sibelius fournit à l’Orchestre Métropolitain l’occasion de montrer son talent lyrique. De Souza rehausse la longue et très belle mélodie qui caractérise l’œuvre en la plaçant nettement au-dessus du reste en terme de volume. Le résultat est d’autant plus réussi que les violoncelles et les violons qui la portent tour à tour offrent une texture magnifiquement lisse. Au surplus, le soutien des timbales dénote une grande sensibilité, qui se traduit souvent par des roulements intermittents, très doux, qui servent adroitement les autres pupitres.

Dans la pièce de Delius, On Hearing the First Cuckoo in Spring, de Souza affiche une direction souple et les gestes caressants qu’il envoie à l’orchestre s’accordent parfaitement avec le roulis perpétuel de la musique. Figurant le chant du coucou, les interventions de la clarinette sont par ailleurs très bien servies, perçant au travers de l’orchestre avec une première note toujours plus forte que la seconde. Puis, tout comme pour Schumann, de Souza veille à aérer le discours en insistant sur les silences. Il s’attarde notamment sur celui qui précède la conclusion pour mieux servir l’accord final. Ce dernier, par un volume notablement plus bas mais une énergie toujours vive, achève de nous charmer.

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