Faire se rencontrer une musique et un public synonymes de renouveau, voilà ce que proposait la Maison de la Radio avec d'un côté des compositeurs contemporains, de l'autre, des lycéens. Créé en 2000 par la Lettre du Musicien et organisé depuis 2013 par Musique Nouvelle en Liberté, le Grand Prix Lycéen des compositeurs proposait vendredi dernier d'entendre la création mondiale de Hiatus et Turbulences du français Baptiste Trotignon, compositeur récompensé cette année, suivi du concerto pour percussions Sieidi de Kalevi Aho, incarnant cette nouvelle école Finlandaise qui, depuis Sibelius, peine encore à jouir de toute l'attention qu'elle mérite. La deuxième partie du concert se concentrera sur la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák, grand classique que l’Orchestre de Radio France ne connaît que trop bien, mais qui n'aura pas manqué de ravir les jeunes musiciens dans le public.

Martin Grubinger © Simon Pauly
Martin Grubinger
© Simon Pauly

A la direction, Marzena Diakun, jeune cheffe tout droit venue de Pologne. Elle revient cependant en territoire connu, ayant été la cheffe-assistante de l’ORF de 2015 à 2016. L’œuvre de Baptiste Trotignon commence, et on remarque tout de suite sa maîtrise des timbres qu’il assemble avec intelligence et sensibilité. Cependant, la pièce a du mal à se faire une identité propre. Jazzman, pianiste, Trotignon est très attaché au métissage, et il ne s'en cache pas. Les influences de ses compositeurs préférés, on les entend, notamment celle de John Williams ou encore celle de Chostakovitch. Mais ces références font office de clins d’œil plus que de matière à inventer, et l'on regrette également que la rythmique du morceau soit au final assez peu variée - ce qui peut étonner de la part d'un musicien de jazz. Cependant la partie centrale, beaucoup plus lente, est très appréciable avec ces harmonies bien plus riches qui tendent vers une vraie poésie. La fin est brillante, ainsi que les musiciens qui ont exécuté cette œuvre avec beaucoup de panache.

Habituellement à l’arrière du plateau, les percussions sont déplacées à l'avant de la scène, directement sous les yeux de la cheffe, pour interpréter Sieidi de Kalevi Aho. La pièce est remarquable et Martin Grubinger, percussionniste allemand de tout juste 35 ans, lui rend justice à merveille. Navigant du tam-tam, à la derbouka, aux caisses, au marimba, aux woodblocks, jusqu’au xylophone, le soliste nous livre non seulement une exécution physiquement très éprouvante, mais également d’une grande sensibilité et justesse sans jamais tomber dans une brutalité absurde. On notera les trois autres percussionnistes dispersés autour de l’orchestre pour permettre une spatialisation du son des plus intéressantes. L’association des différentes sonorités expérimentales aux percussions avec les timbres de l’orchestre emmène l'auditeur dans des mondes sonores rarement entendus, décrivant des rythmes rituels et des grands paysages célestes. L’émotion est forte. On en sort plein d’admiration, pour la musique, pour le soliste, pour ce grand tour de force. En bis, Martin Grubinger offre une performance technique permettant à chacun d’apprécier davantage sa dextérité, et aux lycéens de lui faire une standing ovation des plus enthousiastes.

Le concert continue après l’entracte sur la Symphonie du Nouveau Monde, que l’ORF connaît presque par cœur. On retrouve leurs qualités indéniables : la cohésion des pupitres, la complicité qui se voit dans chaque regard et sourire, la perfection de leurs techniques individuelles, la pertinence de leur interprétation toujours fascinante et émouvante. Peut-être Diakun a-t-elle eu du mal à imposer une nouvelle pâte, mais peut-être ne le désirait-elle pas. C’est si beau, un orchestre qui marche, qui roule assez bien pour ressortir ses classiques n’importe quand et rester malgré tout touche-à-tout. En tout cas, les étudiants sont sortis du concert ravis, et le reste du public aussi. Une grande réussite.

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