C’est encore un vent de jeunesse qui souffle sur l’Auditorium, au lendemain du concert dédié au Grand Prix Lycéen des compositeurs, remporté par Baptiste Trotignon en 2017. En lieu du Hiatus et turbulences commandé pour l’Orchestre Philharmonique de Radio France et joué la veille, le concert du 16 mars s’ouvre sur le Taras Bulba de Janáček, conte symphonique aux sonorités presque oniriques, dont la jeune cheffe polonaise Marzena Diakun tire des élans puissants et tendres : le discours amoureux de la « Mort d’Andreï » fait entendre les belles parties solistes du cor anglais de Stéphane Suchanek, du hautbois d’Olivier Doise, puis le délicat violon solo de Sharon Roffman. Les cloches retentissent, nébuleuses, et endiguent l’envolée des chants diaphanes avec les rugissements des trombones. Sur la « Mort D’Ostap », Diakun manie les strates de timbres avec dextérité, de la douceur de la harpe au tranchant des cordes ; la mélopée de la clarinette de Jérôme Voisin, savamment étouffée par le fortissimo final, signe avec grâce la fin du mouvement. La « Prophétie et mort de Taras Bulba » laisse entendre un alliage passionnant entre orgue et cuivres, soutenu par les percussions et le son croissant des cloches.

Marzena Diakun © Christophe Abramowitz
Marzena Diakun
© Christophe Abramowitz

Aux tintements inquiétants et fantastiques des cloches de Taras Bulba succède la création française du Sieidi du finlandais Kalevi Aho, concerto pour percussions, joyeux tintamarre auquel se plie avec délice l’allemand Martin Grubinger. Erigées en solistes, les percussions occupent tout le devant de la scène, que Grubinger parcourt pour s’y donner au djembé, aux membranophones et autres tam-tam, mais aussi aux sonorités plus mélodieuses du marimba et du vibraphone. L’orchestre répond au fracas par des clameurs, aux arpèges éthérées par une finesse de son remarquable : chaque timbre est sollicité à son tour – les glissendi et pizzicati des cordes comme marqueurs narratifs, mais également la nasalité des cuivres, de la trompette bouchée au saxophone, en passant par les trombones. Grubinger rappelle alors, avec la virtuosité folle qui est la sienne, la versatilité et la force d’un instrument souvent relégué au dernier rang – ou du moins davantage à ses effets qu’à sa substance. Si bien qu’on regrettera peut-être que les Rudiments qu’il propose en guise de bis rende davantage justice à son ahurissante technique qu’à sa musicalité.

Au retour de l’entracte, on retrouve la célèbre Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák : l’Adagio retentit avec force et élégance : l’équilibre entre les cuivres et les cordes frise la perfection, Marzena Diakun n’hésite pas à appuyer sur le lent, les graves, sans jamais s’apesantir. La flûte de Magali Mosnier, douce, n’en vibre pas moins d’une vraie nostalgie. Le Largo est un sans-faute : le chœur de cuivres a la profondeur funéraire du Queen Mary de Purcell, le cor anglais de Suchanek la suavité d’un blues, que viennent synthétiser les bois et leurs échos slaves. Le Scherzo tente d’ériger un barrage pour endiguer l’explosion du thème : les petites notes disséminées d’un pupitre à l’autre sonnent alors le décompte d’une bombe à retardement. La synthétisation du Finale fait entendre les thèmes et leurs interférences avec un souci de lisibilité évident et bienvenu : les traits sont travaillés, les cordes, leurs sforzandi et appogiatures, se font entendre comme rarement. Loin d’être la caution « classique » de la soirée, la symphonie la conclue donc sur une jolie réussite.

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