Après le succès de Rain à l’Opéra Garnier, la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker et l’Ensemble Ictus sont de retour à l’Opéra Bastille avec une pièce jumelle, Drumming, créée en 1998 trois ans avant Rain. Les deux œuvres tissent une toile chorégraphique à partir du matériau musical que représente la partition de Steve Reich, essentielle, dans le travail de la chorégraphe.

© Agathe Poupeney | Opéra national de Paris
© Agathe Poupeney | Opéra national de Paris

Steve Reich composa Drumming entre 1970 et 1971. Pionnier de la musique minimaliste américaine, reposant sur la répétition de motifs cycliques et de pulsations, Steve Reich intègre dans la partition des percussions balinaises, des rythmes d’Afrique occidentale mais aussi des rythmes chantés. Pour Drumming et Rain, Anne Teresa élabore le procédé contrapuntique : une phrase chorégraphique est énoncée puis se répète tout au long de la pièce en suivant de multiples variations. Dans Drumming, les danseurs présents sur le plateau interprètent alternativement des bribes chorégraphiques à des vitesses distinctes, à l’unisson ou en se déphasant. Les trajectoires sur scène sont rationalisées à l’extrême : géométrisées et chronométrées. Au sol, un tapis orange mat est partagé par des lignes blanches qui illustrent ces schémas précis du mouvement.  

Si Rain (entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 2011) et Drumming se ressemblent en de nombreux points, les deux œuvres n’ont néanmoins pas le même degré d’aboutissement. Drumming, plus cartésienne, est moins entraînante que Rain. Dans Rain, les danseurs affichaient un bonheur sage, ponctué d’instants de jubilation pendant lesquels se déployait une danse de la pluie assez expressive qui donnait une véritable couleur à la pièce. Drumming, traité formel sans aspérités, reste au contraire dans la pure abstraction. Dans le même temps, sa structure géométrique spiralée au dessin extrêmement complexe est moins visible pour le public que celui des rondes de Rain. Quoiqu’il soit toujours intéressant de découvrir par une autre œuvre l’approche rationnelle d’Anne Teresa de Keersmaeker, les amateurs de Rain pourront se trouver un peu déçus par Drumming.

Le Ballet de l’Opéra de Paris est devenu familier du travail aride d’Anne Teresa de Keersmaker dont la rigueur formelle fait bien sûr écho au répertoire classique. Néanmoins, les qualités de la troupe se distinguent moins nettement dans l’interprétation de ce type d’œuvres que dans le lyrisme des créations plus tardives de la chorégraphe belge, telles que Verklärte Nacht. Juliette Hilaire, souvent distribuée dans les œuvres d’Anne Teresa de Keersmaker, danse la phrase chorégraphique initiale avec précision et maîtrise, mais garde une interprétation compassée. Plus solaires, Takeru Coste et Laurène Levy semblent plus à l’aise dans ce registre contemporain.

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