Mercredi soir, il y avait une foule digne des concerts de rock stars devant le Victoria Hall. Belle affiche effectivement, avec, en tête, notre flûtiste made in Switzerland : Emmanuel Pahud. En effet, nous n’avons pas que des banques et du chocolat en Suisse…

Emmanuel Pahud © Lou Denim / Askonas Holt
Emmanuel Pahud
© Lou Denim / Askonas Holt
L’Orchestre National de Lyon, sous la direction d’Alain Altinoglu, nous rendait visite avec un programme français : le fameux Apprenti sorcier, scherzo symphonique de  Paul Dukas (mais si, mais si, vous connaissez…), puis, pour le plaisir de la découverte, le Concerto pour flûte et orchestre de Jacques Ibert, compositeur né au tournant du 19ème et du 20ème siècle, la Fantaisie brillante sur Carmen, pour flûte et orchestre de François Borne et enfin Alborada del gracioso, Rapsodie espagnole et le Boléro de Ravel… 

Dès le début de L’Apprenti sorcier, on sent le public mordre à l’hameçon que nous tend cette musique cinématographique… Avec la Rapsodie espagnole, l’ambiance fantomatique du début laisse entrevoir la très belle palette de couleurs des cors, du basson solo, mais aussi l’excellente balance des cordes vis-à-vis des vents et des cuivres, ce qui n’est pas aisé en ce lieu.... Bravo au chef !

Emmanuel Pahud, virtuose reconnu depuis bien des années, communique sa passion avec la salle de manière enthousiasmante, sans fanfaronnade. Qu’il s’élance vers le chef en trois petits bonds, tel le matador, ou que dos au public, il communique avec l’orchestre, échangeant regards complices et joutes pyrotechniques, tout chez lui respire la musicalité, adaptant timbre et couleurs de sa flûte, du plus boisé, telle une flûte traditionnelle japonaise, au plus pur métal quelques phrases plus tard, clouant les dernières notes de la cadence finale fortississimo… Chez Pahud il n’y a plus de sensation de technique. La flûte n’est que le prolongement du corps de l’artiste. La musique passe limpidement, dans les moments plus doux comme dans ceux plus extérieurs.

C’est avec le Concerto de Jacques Ibert que l’on a le plaisir de la découverte. L’œuvre plus impressionniste offre un bel interlude aux œuvres qui l’encadrent. L’Andante nous plonge dans un paysage de bord de mer baigné d’une chaude lumière, Emmanuel Pahud œuvre au charme de l’ouvrage, un délice…

Bien sûr, la Fantaisie brillante sur Carmen, nous donne un peu l’impression, après Dukas et avant le Boléro que le programme est fabriqué pour plaire au plus grand nombre. Le numéro de charme fonctionne, Pahud dans la Habanera, drague tour à tour, modernité oblige, la violon solo et le chef… Rires dans la salle ! Bonne ambiance assurée. 

En bis, une pièce de Pierre-Octave Ferroud, compositeur lyonnais dont Pahud, dans un trait d’humour, dit que c’est le premier compositeur décédé dans un accident de voiture en 1936… De nouveau, rires dans le public. Ce Pahud est vraiment le genre de gars qu’on apprécie en soirée : magnétique, talentueux, drôle et charmant.

C’est dans le Boléro que les musiciens enchaînent leurs solos, évidemment très à nu dans cet exercice stylistique, soulignant une certaine fragilité du cor anglais et globalement un Boléro assez martial. Le dernier accord intervient, court et sans majesté. Dommage, la soirée était globalement magnifique...

On aura pu apprécier l’orchestre dans son ensemble, un bonheur d’homogénéité, de couleurs, des phrasés et de l’ensemble des dynamiques, passant de vrais pianos à de très beaux fortissimos. Une mention toute spéciale au timbre des bassons notamment dans L’Apprenti sorcier, ainsi que le beau son chaud de l’alto solo de l’ONL, grande délicatesse des phrasés, alors que le vibrato plus large du violon solo plus « en dehors » m’aura moins touché.

La direction énergique de Alain Altinoglu ne peut qu’évoquer celle de son collègue Gustavo Dudamel. Même tignasse, même feu, on pourrait les croire frères ! Une attention particulière est portée sur les dynamiques, demandant beaucoup de nuances, et en les obtenant Altinoglu a fait briller l’Orchestre National de Lyon magnifiquement. Demeure une réserve toutefois : est-il vraiment nécessaire de battre toutes les mélodies, de donner toutes les entrées ?

Je vois ces jeunes chefs et je pense au chef suisse Armin Jordan… Faire émerger la musique, la susciter, ou en être le maître ? 

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