Le programme de ce récital intimiste donné à la Salle Cortot, construit autour de la célèbre cantate « Mi palpita il cor » qu’Haendel composa durant sa période italienne, se voulait également être un hommage aux maîtres du compositeur allemand, parmi lesquels Keiser (1674-1739) et Scarlatti (1660-1725).

Emőke Baráth © Raffay Zsofia
Emőke Baráth
© Raffay Zsofia
Lauréate du 1er Prix et du Prix du Public au Concours international d’opéra baroque d’Innsbruck en 2011, Emőke Baráth accompagnée ici par les Musiciens du Louvre dirigés par Francesco Corti a su rendre grâce à ce répertoire qu’elle ne cesse d’explorer à l’opéra comme au concert ; s’appuyant sur son émission vocale franche et homogène pour se permettre des ornements plus complexes.

Si la première cantate « Venus & Adonis », HWV 85 fut abordée avec beaucoup de sensibilité par la soprano hongroise, c’est dans l’arioso « O pure rendi a questo seno il cuore » extrait de la cantate « Benché sempre crudel » de Reinhard Keiser qu’elle déploya toute son expressivité. Elle révéla une amplitude dans les graves propre à renforcer la gravité et l’énergie engagée dans l’arioso, qui dans le programme de cette soirée, semblait comme un écho à la dernière cantate : réclamant ici qu’on rende à sa poitrine son cœur, elle sera par la suite tourmentée de le sentir palpiter si fort.

C’est dans ces associations subtiles entre les différents textes que réside le fil conducteur du récital, entrecoupé de deux sonates de Giovanni Benedetto Platti, l’une pour hautbois, basson & basse continue, et l’autre pour hautbois, violoncelle et basse continue, dont les parties solistes semblaient chaque fois matérialiser une émotion, comme isolée d’un ensemble harmonique aux couleurs variés, accompagnant les tourments de la soprano au travers de sa quête amoureuse toute traversée de peines.

Portée par la même énergie, parvenant à donner une couleur dramatique à son timbre plutôt billant et clair, c’est en s’appuyant sur son grand confort vocal qu’Emőke Baráth aborda « Mi palpita il cor», conservant la même puissance dans l’émission et la même intensité dans l’accentuation des notes, malgré quelques minces défauts de prononciation.

Ce programme, très justement composé, servi par une direction très fine et des musiciens engagés et très à l’écoute avait peut-être pour seul défaut de ne pas engendrer de prises de risques. L’aisance et le naturel avec lequel Emőke Baráth interprète Haendel a quelque chose de presque déconcertant, suscitant un mélange d’admiration et d’étonnement : Quelle complexité nouvelle sa voix pourrait-elle nous faire découvrir que nous n’admirerions pas déjà ?