Pour le milieu de la saison lyrique, on retrouvait une nouvelle fois Tito Ceccherini à la tête de l’Orchestre du Capitole pour l’Enlèvement au Sérail, après avoir dirigé Béatrice et Bénédict en octobre dernier. Composé en 1782, l’opéra en langue allemande prend place dans le sérail du pacha Sélim dans lequel est emprisonnée Konstanze la promise de Belmonte. Avec cette turquerie classique de l’opéra européen du XVIIIe et XIXe siècles, la mise en scène de Tom Ryser fait le choix du dépoussiérage.

© Patrice Nin
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C’est par petites touches que le plateau revisitait Mozart, notamment à l’aide des costumes, co-signés Jean Ichel Angays et Stéphane Laverne, et des décors de David Belugou. Kalachnikovs et costumes coloniaux pour les sbires du pacha, également interprété par Tom Ryser, viennent ponctuellement interroger les rapports occidentaux à l’islam dans le monde contemporain, au-delà de ce qu’avait introduit dans le livret du singspiel de Gottlieb Stephanie. La mansuétude de Sélim en fin de spectacle, lorsqu’il décide de libérer ses prisonniers, est d’autant plus mise en avant, tout comme la prétention occidentale. Les mimiques de Pedrillo renvoient à des danses contemporaines dignes de Pulp Fiction ou de la Macarena. Mais une fois l’effet de surprise passé, cet humour décalé du crâneur peu courageux s’essouffle rapidement. Les décors introductifs et conclusifs sont les plus réussis. Les figurations visuelles de la mer et du bateau renvoient aux artifices du XVIIIe siècle mais restent efficaces. Le palais lui est symbolisé par un ensemble de tapisseries qui sont autant de murs d’accès. Le jeu entre intérieur et extérieur est intéressant, mais les couleurs et les motifs lassent rapidement, et ce malgré les efforts des jeux de lumière (Marc Delamézière). La recherche la plus avancée est certainement celle environnant Sélim. On le voit durant l’ouverture, chausser et habiller ses multiples femmes de façon similaire. Il regarde ensuite un film ancien montrant une jeune femme. On apprendra à la fin qu’il s’agit d’une vision de sa bien-aimée, tuée par le père de Belmonte, gouverneur d’Alger.

© Patrice Nin
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La hiérarchie des voix est assez hétérogène. Konstanze (Jane Archibald) domine largement le plateau, même si sa voix met du temps à trouver sa chaleur durant le premier acte. Tout en puissance et avec un vibrato splendide, elle est vraiment la seule à se hisser à ce niveau. Même si leur couple trublion est le plus dynamique et comique, Blondschen (Hila Fahima) se place largement au-dessus de Pedrillo (Dmitry Ivanchey). Les deux chanteurs s’accordent sur le plan de la gestuelle mais Blondschen, à l’instar de Konstanze est toute en force, dépassant largement son compagnon. Belmonte (Mauro Peter) est également totalement dépassé au niveau vocal, et reste complètement statique dans son jeu scénique. Finalement c’est peut-être Osmin (Franz-Josef Selig) qui ressort le mieux des rôles masculins, jouant parfaitement son caractère bourru et faussement mauvais. Globalement, au-delà des simples capacités de ressources vocales de chaque artiste, c’est le jeu scénique qui diffère, se révélant parfaitement intégré chez les uns, et trop faible ou trop peu expressif chez d’autres. La relative longueur de la pièce nécessitait plus d’artifices mobilisant l’attention du fait des nombreux passages parlés. Les quelques entrées du chœur sont en revanche toujours bien senties, y compris pour le seul jeu scénique comme les multiples lits des femmes de Sélim lors de l’enlèvement de Blondschen ou lors du grand chant final en hommage à la bonté du pacha. Le public du Capitole saluera à de très nombreuses reprises le plateau, avec une très nette ovation pour Blondschen, Osmin et Konstanze, en toute logique.