Le nom du grand chef finlandais Esa-Pekka Salonen ne vient pas naturellement à l’esprit lorsque l’on évoque le grand répertoire romantique. C’est oublier un peu vite qu’après avoir été longtemps directeur de l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles, Esa-Pekka Salonen est depuis 2008 le directeur heureux du Philharmonia Orchestra de Londres, un ensemble qui a notamment dans son patrimoine à la fois Beethoven et Brahms.

Esa-Pekka Salonen © Benjamin Suomela
Esa-Pekka Salonen
© Benjamin Suomela
Ce concert débutait par une ouverture très rarement entendue de Beethoven Zur Namensfeier, une œuvre de 1815 toute de bruit, joie et de fureur. Le Philharmonia Orchestra sonne d’emblée précis et engagé mais la direction de Salonen semble ici un peu heurtée. La timbale et les trompettes, manifestement de facture baroque, semblent par moments presque trop présentes. Il est vrai que l’acoustique du Théâtre des Champs-Elysées, qui semble de plus en plus sèche à mesure que l’on fréquente la Philharmonie de Paris, accentue cette impression de relative sécheresse. Quelques surprenantes modernités harmoniques disséminées dans cette courte pièce annoncent sans aucun doute le Beethoven de la maturité. Elles sont à juste titre soulignées par la direction précise et incisive d’Esa-Pekka Salonen.

Arabella Steinbacher © Peter Rigaud
Arabella Steinbacher
© Peter Rigaud
Le Concerto pour violon de Brahms laisse en revanche perplexe. La ligne orchestrale est superbe, l’engagement du chef comme des musiciens palpable et la mise en place impeccable. Mais la violoniste Arabella Steinbacher ne semble pas sur la même planète musicale. Il n’y a pourtant rien à dire sur l’intonation, on le sait un point potentiellement délicat pour certains violonistes, mais ce violon qui semble trop propre et assez peu sonnant ne parvient pas à émouvoir alors même qu’Esa-Pekka Salonen sollicite avec succès chaque recoin d’une partition à l’infinie richesse. Dans l’adagio le solo de hautbois est bien en place mais ne parvient pas non plus à émouvoir et l’échange entre les deux instruments n’est pas consommé. Seul le final à la joie intrinsèque et à la rythmique impeccable convainc plus, mais sans toutefois déclencher un vrai enthousiasme.

C’est donc finalement la Symphonie n° 2 de Beethoven qui emporte l’adhésion. Esa-Pekka Salonen, fascinant rythmicien, est ici dans son élément notamment dans un premier mouvement syncopé et contrasté qu’il mène, avec son habituelle énergie et sa superbe gestique, vers une espèce d’euphorie sonore très réussie. Le repos du court larghetto réjouit également par son chant et ses contrastes. Les deux derniers mouvements sont menés avec fougue et panache, le côté fantaisie du troisième mouvement contrastant avec la jubilation crue et hédoniste du final. Dans cette symphonie, le Philharmonia Orchestra montre une belle discipline collective et un bonheur de jouer que l’on ne retrouve pas si souvent dans les ensembles symphoniques traditionnels. Esa-Pekka Salonen en ordonnateur superactif de cette féerie sonore s’est avéré ce soir un interprète inspiré et très convaincant de Beethoven.