Un parfum d’Amérique souffle sur la Côte d’Azur. Pour sa 73e édition, le Festival de Menton a choisi de mettre en lumière les plus célèbres airs de Broadway magnifiés par l’interprétation de Natalie Dessay et de ses invités surprise. Quand la Méditerranée rencontre la ville qui ne dort jamais, le mariage a tout pour ravir l’audience.

Natalie Dessay, Laurent Naouri, Neïma Naouri
© Festival de Menton | Catherine Filliol

A Menton, les festivités débutent dès la nuit installée. Les effluves des embruns accompagnent une légère brise fortement appréciée des spectateurs. Tout commence par un trio jazz bien rodé, composé d’Yvan Cassar au piano, de Benoit Dunoyer de Ségonzac à la contrebasse et de Nicolas Montazaud aux percussions. L’ensemble propose une entrée en matière parée d’un swing efficace, laissant présager déferlantes de sonorités blues et autres rythmes dansants. On admire tout particulièrement la communication certaine établie entre les musiciens : le contrebassiste franchement tourné vers le piano, le regard du pianiste cherchant perpétuellement celui du batteur.

S’en suit une succession de courtes pièces extraites de West Side Story de Bernstein, sur lesquelles entrent en scène Natalie Dessay et sa fille Neïma Naouri. Bien connue pour les grands rôles lyriques qu’elle a incarnés tout au long de sa carrière (la reine de la nuit, Lakmé, Olympia…), la chanteuse se révèle tout aussi passionnée par le jazz et la comédie musicale, à l’image de l’album hommage à Claude Nougaro qu’elle enregistre en 2020. Sur scène, on observe un subtil métissage entre les techniques propres au chant lyrique et celles issues de la variété : le vibrato en voix de tête côtoie souffles, cris et râles insufflés par la dramaturgie. L’amplification des voix par le microphone flatte les passages à l’intensité moindre ; la palette expressive des artistes n’en ressort que plus riche encore. Au fil du programme, les gestes et expressions faciales illustrant la narration s’affirment et promettent une prestation de plus en plus assurée. Le tableau de famille se complète par l’arrivée de Laurent Naouri dont les passages recto tono entonnés dans le grave de sa tessiture envoutent l’audience. La proximité familiale se fait davantage ressentir lorsque le baryton-basse personnalise les paroles du célèbre « Maria » au prénom de sa douce, Natalie.

La deuxième partie de soirée se place sous le signe des duos complices, bien loin du spectacle de la foudre se déchainant alors sur les côtes italiennes. Après Bernstein, place aux grands airs de Michel Legrand, de Stephen Sondheim et de George Gershwin. Fin accompagnateur, Yvan Cassar fait preuve d’une qualité d’écoute remarquable, encourageant d’un signe approbateur les improvisations du trompettiste Sylvain Gontard, usant quant à lui savamment de la sourdine afin de faire varier les sonorités émises. Tout comme le requiert le genre, les chanteuses se complaisent dans l’utilisation des différents modes de jeu vocaux : tantôt parlé, tantôt chuchoté, parfois même crié. L’influence de la prosodie américaine se traduit par une accentuation des consonnes et « h » aspirés, comme on peut l’entendre dans le poignant « Papa can you hear me? ». Le concert se conclut en fanfare sur le vigoureux « I got rhythm », final explosif d’une représentation qui aura su allier moments d’émotion et passages frénétiques. Le public repart avec le sentiment d’avoir été, le temps d’une soirée, un membre à part entière de la famille Naouri-Dessay !

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