Une nouvelle saison s’ouvre à l’Opéra Garnier, avec une soirée réunissant les chorégraphies de Justin Peck et William Forsythe créées l’année précédente, la création de la talentueuse chorégraphe canadienne Crystal Pite The Seasons’ Canon, et une composition sans titre de Tino Sehgal à travers la scène et les espaces de l’Opéra Garnier. Si le programme était un peu chargé et formait un panachage d’œuvres sans grande cohérence, cette première collaboration entre le Ballet de l’Opéra de Paris et la chorégraphe Crystal Pite méritait à elle seule le détour pour son esthétique délicate et sa pureté.  

Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet, <i>The Seasons' Canon</i> © Julien Benhamou | Opéra national de Paris
Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet, The Seasons' Canon
© Julien Benhamou | Opéra national de Paris
La rentrée a été l’occasion du traditionnel Défilé du Ballet, en ouverture de ce programme. On a noté l’empreinte de la nouvelle directrice de la danse Aurélie Dupont, qui a rétabli la musique de Berlioz pour accompagner le Défilé à la place de Wagner, changement qu’avait proposé son prédécesseur Benjamin Millepied.

La soirée a débuté sur une touche néoclassique, en revisitant In Creases et Blake Works I, respectivement créées par Justin Peck et William Forsythe en mars et juillet dernier. La reprogrammation d’œuvres récemment dansées est une pratique peu coutumière pour le Ballet de l’Opéra de Paris et les deux chorégraphies étaient encore étonnamment fraîches dans les mémoires. Agréables sans être bouleversantes, celles-ci permettaient néanmoins à plusieurs talents de la compagnie de s’exprimer – parmi lesquels l’incisive Ludmila Pagliero, le gracieux Marc Moreau et les brillants Hugo Marchand, Pablo Legasa et Paul Marque.

La création de Crystal Pite The Seasons’ Canon, sur la recomposition par Max Richter des Quatre Saisons de Vivaldi, était le véritable point d’orgue de la soirée. Cette réécriture symphonique synthétique conserve les thèmes majeurs de la partition de Vivaldi, tout en proposant des modulations dans le plus pur style minimaliste. La chorégraphie de Crystal Pite puise dans cette richesse musicale pour offrir une séquence de tableaux grégaires extrêmement puissants. Malgré une grande abstraction dans la danse et la scénographie, The Seasons’ Canon représente subtilement le cycle des saisons. On reconnaît l’éveil et l’élan vital du printemps, incarné par les couleurs chaudes des projecteurs et un tableau de groupe où les nombreux danseurs s’ébranlent comme un seul corps. La danse se propage comme une onde à travers la troupe qui fourmille telle une termitière géante, s’éveille à la vie et frémit à l’unisson. Les pas de deux, magnifiquement interprétés par Alice Renavand, Eve Grinsztajn, Alessio Carbone et Adrien Couvez, suggèrent des ébats. Telle la reine d’une ruche, Marie-Agnès Gillot danse un magnifique poème sur la vie et la mort, le groupe palpitant dans son sillage. Puis l’été s’annonce, avec son exaspération et sa force, représenté par des danses masculines intenses – où l’on admire la performance de François Alu, faune éclatant. L’automne prend forme à travers une longue ligne de danseurs et l’on devine, à travers des jeux de bras, les feuilles tombant des arbres. The Seasons’ Canon s’achève enfin sur l’ambiance feutrée de l’hiver dans un final d’une extrême délicatesse.

Marie Agnès Gillot, <i>The Seasons' Canon</i> © Julien Benhamou
Marie Agnès Gillot, The Seasons' Canon
© Julien Benhamou

La soirée se clôt sur un clin d’œil malicieux signé Tino Sehgal. Vibrant de la musique électro d’Ari Benjamin Meyers, la salle de spectacle de l’Opéra Garnier se met à danser. Projecteurs, rideaux et portiques s’actionnent dans une rythmique entraînante. De nombreux danseurs apparaissent au milieu du public, et s’agitent au gré des pulsations sonores. Ils disparaissent avec la musique, nous invitant à sortir à leur suite. 

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