L’hiver soufflait bel et bien ce mercredi soir sur l’entrée comble du Victoria Hall ; en début de programme, la Symphonie no. 2 dite « Petite Russie » nous a mis d’entrée de jeu dans les délicatesses d’un solo de cor, repris par le basson inspiré de Céleste-Marie Roy.

Francesco Piemontesi © Benjamin Ealovega
Francesco Piemontesi
© Benjamin Ealovega

On aura assisté à un premier mouvement très en place, bien massif, un brin saturé, même si on assiste à une tendance du chef Kazuki Yamada à relèver les contrastes de ces pages, rendant le tout, parfois, un brin foutraque. L’Orchestre de la Suisse Romande suit son directeur avec précision, et il faut relever les excellentes interventions des vents, particulièrement dans l’Andantino marziale, colorées à souhait, ainsi qu’une timbale toute de nuance. Le Scherzo livra ses rutilances, quant au Finale, il aura impressionné par sa très belle introduction impériale aux cuivres, dont le thème séduit par son altière énergie. Séduction aussi du côté de la belle concision des cordes qui y répondirent avec jeu, entrain, dans un discours très ciselé. Même si on aura pu regretter une vision quelque peu morcelée, le manque de souffle épique, plus dans les effets que dans une grande ligne, la vision de Kazuki Yamada n’aura pas pour autant déçu totalement. On aura apprécié de bout en bout la qualité des cuivres, leur homogénéité faisant resplendir cette musique rutilante à merveille.

C’est avec le fameux concerto de Brahms donné en deuxième partie qu’un son opaque envahit le Victoria Hall. L’Orchestre de la Suisse Romande sonne comme un ciel menaçant, gris, lourd, rendant l’introduction romantique à souhait : un délice. Le pianiste suisse Francesco Piemontesi, étoile montante depuis quelques années, offre à entendre un piano homogène, avec une main gauche quelque peu gommée, la main droite ourlant délicieusement les phrases. Ici, pas de folie débridée ; c’est à un romantisme mesuré auquel nous avons affaire, peu d’effet de cathédrale, nous sommes dans un temple, du bon goût certainement. L’orchestre suit dans ce chemin et on aura apprécié les belles interventions au cor d’Isabelle Bourgeois lors du premier mouvement : impeccable.

Lors du début du Maestoso, nous sommes frappés par des interventions quasi scolaires aux vents auxquelles répond un piano très sensible et homogène dans les tessitures, offrant le bel équilibre d’une nostalgie contenue : on sent cette respiration mystique rappelant le Requiem de Brahms, ces phrases simples et onctueuses, nimbées de lumière triste. C’est avec la reprise des clarinettes sublimes et des hautbois que le tout prend une belle ampleur : frisson. Et si Francesco Piemontesi ne force pas le trait, ses aigus sont suspendus, ronds, son Brahms homogène et terrien. On notera en fin de mouvement la délicatesse du basson solo qui alliera musicalité et douceur étirant et parant cette belle prière des couleurs du soir.

De cette magnifique élévation le Rondo offre le souffle épique nécessaire pour nous amener à la conclusion de l’œuvre.  Le pianiste se fait plus véhément et toujours dans le même désir d’équilibre, livre une belle jubilation ordonnée. Le tout est romantiquement abouti, rien à redire, peut-être un brin de lâcher-prise aurait-il été du plus bel effet : « même dans la cité de Calvin, Monsieur Piemontesi, vous auriez pu laisser poindre votre âme latine ! »