Le compositeur finlandais Magnus Lindberg est depuis le début de saison compositeur en résidence auprès de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. C’était donc, et pour une nouvelle fois, l’occasion d’entendre plusieurs de ses œuvres intelligemment couplées avec les trop rares extraits symphoniques du Martyre de Saint Sébastien de Claude Debussy.

Mikko Franck © Abramowitz | Radio France
Mikko Franck
© Abramowitz | Radio France

Ce concert franco-finlandais débutait par Apotheosis une pièce d’Einojuhani Rautavaara, le compositeur finlandais né en 1928 et qui fut l’un des maîtres de Magnus Lindberg. Cette courte pièce, d’ailleurs utilisée par le cinéaste Aki Kaurismäki dans son film Le Havre, ressemble au début au moins à une sérénade pour cordes qui aurait pu être écrite par Bartók…Le développement permet à l’Orchestre Philharmonique de Radio France de briller par sa belle couleur générale et par ses interventions solistes, notamment des bois et des cuivres à la toute fin de la pièce.

Suivait Graffiti une des rares pièces avec chœur de Magnus Lindberg qui fut créée par Sakari Oramo en 2009. Inspirée des fresques de Pompéi cette œuvre étonnante chantée en latin par 80 chanteurs du chœur de Radio France préparés par Matthew Hamilton, fait preuve d’une variété de style et de climats bien en rapport avec la grande diversité des textes mis en musique. Le chœur de Radio France se sort assez bien d’un exercice périlleux, même si la polyphonie perd parfois un peu de lisibilité et si certaines interventions solistes peinent à convaincre. Toutefois, la direction extrêmement précise de Mikko Franck aide à la clarté du propos et permet une véritable fusion des voix avec l’orchestre. Une étonnante et originale musique magnifiquement écrite et ici servie par des interprètes inspirés.

La seconde partie du concert débutait avec autre pièce de Magnus Lindberg, Arena qui fut composée pour un concours de direction d’orchestre. Nul doute que Mikko Franck qui la dirigea magistralement aurait été primé s’il avait concouru à l’époque... Il rendait en effet parfaitement à la fois la motricité de cette œuvre (qui fait parfois penser à John Adams) et son caractère changeant, rappelant lui plutôt Stravinsky. Utilisant à loisir un thème récurrent, offrant au premier violoncelle quelques étonnantes minutes en solo, cette pièce se termine dans un climat apaisé très fin de XIX° siècle.

Les extraits symphoniques du Martyre de Saint Sébastian de Debussy qui clôturaient ce programme n’avaient qu’un défaut : faire regretter de ne pas pouvoir entendre plus souvent à Paris l’intégralité de cette pièce. On le sait ces extraits ont été arrangés par André Caplet en quatre courtes pièces. Et cette musique à la fois étonnante, notamment les incroyables enchevêtrements des bois au début, et raffinée, ce qui n’exclue pas la passion (il est tout de même question d’un martyre !), séduit de bout en bout sous la baguette debussyste de Mikko Franck qui, sans jamais forcer, sollicite avec élégance ses musiciens. Seule réserve les fanfares des trompettes, légèrement imprécises ce soir dans des entrées il est vrai très exposées. Mais ceci n’est que détail devant une interprétation d’une telle évidence. Ces mêmes interprètes nous doivent absolument la version intégrale !

Pour ce dernier concert de la saison à Radio France sous la direction de leur directeur musical depuis septembre 2015, Mikko Franck, l’Orchestre Philharmonique de Radio France est une nouvelle fois apparu en pleine forme. Quel dommage, qu’une fois encore, ce concert ait été donné dans une salle aussi peu remplie.

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