Mikko Franck, qui vient d’être renouvelé dans ses fonctions à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France jusqu’en 2022, a proposé vendredi 3 février un programme alléchant associant Sibelius à Strauss. Si Alina Pogostkina a pu faire montre de toute sa virtuosité, la soirée fut malheureusement en partie décevante, en raison d’une coordination pas toujours au rendez-vous et de la sonorité de l’orchestre manquant parfois de couleurs.

Alina Pogostkina © 25 stunden
Alina Pogostkina
© 25 stunden
Pour une fois, ce n’est pas un concerto de soliste qui débute le concert, mais le Nocturne pour orchestre de Sibelius. C’est une œuvre charmante, tout en subtilités, brodée de silences et d’ornementations discrètes. La flûte, qui a un rôle prépondérant, l’assume avec une belle expressivité, mais on entend déjà quelques décalages dans certains pupitres, décalages qui occasionneront à plusieurs reprises un rendu global un peu brouillon.

Les Six Humoresques de Sibélius ne font pas partie des grands classiques du répertoire. C’est bien dommage car il s’agit d’une composition très intéressante, qui renferme de nombreux effets stylistiques et demande une grande virtuosité autant de la part du violoniste que de l’orchestre. Mais il est vrai que son éclatement en six petites pièces de caractère engendre une certaine difficulté d’écoute, ou tout du moins nécessite une concentration soutenue pour les apprécier tour à tour avec leurs attributs propres. Il ne fait aucun doute qu’Alina Pogostkina a travaillé les Humoresques en détail et avec intelligence ; elle s’en tire très bien, déploie une interprétation précise et cohérente, et semble prendre beaucoup de plaisir. Toutefois, sa façon de jouer assez spécifique – elle exerce une forte pression sur les cordes, ce qui rend le son puissant et lourd, comme s’il sonnait plus grave, et l’on croirait parfois entendre un alto – n’est pas toujours convaincante, la musique de Sibelius appelant souvent un jeu espiègle, nerveux, caractérisé par une vivacité naturelle.  

La deuxième partie du concert est consacrée à Une vie de héros de Richard Strauss. Si le début manque plutôt de fougue que de précision, la machine se met malgré tout en route. Au fur et à mesure, le lyrisme et l’héroïsme contenus dans ce chef-d’œuvre se diffusent parmi les musiciens qui produisent dès lors un son bien plus intense, habité et nuancé, et on finit par se laisser porter par cette partition si inspirante. Souhaitons à Mikko Franck, qui se réjouissait dans l’édito du programme de pouvoir continuer son travail avec les musiciens du Philhar', bonne chance pour les quatre années à venir.