Pour célébrer comme il se doit son quarantième anniversaire, l’Orchestre National de Montpellier a choisi de partager quelques dizaines d’événements musicaux spéciaux avec son public. Répartis autour de trois week-ends festifs, les spectacles se sont montrés à la fois diversifiés et étonnants, à l’instar du « Gala des 40 ans », où se sont côtoyés sonorités célestes et virtuosité romantique.

Michael Schønwandt © Marc Ginot
Michael Schønwandt
© Marc Ginot

En ce soir de novembre, une ambiance chaleureuse se dégage du Corum. Le public, majoritairement local, est venu nombreux applaudir l’orchestre de la ville accompagné du pianiste argentin Nelson Goerner. Spécialiste du piano romantique, le virtuose a choisi d’interpréter l’une des œuvres les plus complexes qui soient : le Concerto pour piano et orchestre n° 3 de Rachmaninov.

Avant de s’adonner à cette performance audacieuse, c’est avec le fascinant Ciel d’hiver de Kaija Saariaho que les musiciens ouvrent les hostilités. Dès les premières notes, les artistes mettent en place une atmosphère paradoxale, à la fois onirique et pesante. Les attaques perlées des percussions dialoguent avec les extrêmes graves des contrebasses, semblant provenir des plus profonds abîmes. L’ensemble évoque un tout homogène, d’où s’échappent parfois des motifs cristallins lancés par le célesta. Concentrés, le chef Michael Schønwandt comme les instrumentistes s’appliquent à rendre le caractère raffiné, scintillant et aérien, intrinsèquement lié à l’œuvre.

Nelson Goerner et l'Orchestre National de Montpellier © Marc Ginot
Nelson Goerner et l'Orchestre National de Montpellier
© Marc Ginot

Cette page contemplative est suivie par un changement de plateau : l’imposant piano Steinway occupe dorénavant le centre de l’espace scénique. Entre alors en piste le soliste invité tant attendu. Le premier mouvement du concerto, redoutable et intense, laisse découvrir un pianiste au toucher sobre et précis. Son usage de la pédale est fin et modéré. À l’image de sa personnalité, Goerner refuse de tomber dans l’excès d’un rubato exacerbé. Parfois, on se perd à contempler le spectacle que nous offre le déplacement de ses mains sur le clavier. On apprécie la grande communication dont il fait preuve avec l’orchestre, au moyen de regards nombreux et insistants. Sa cadence débute de manière particulièrement incisive, avant de laisser place à une atmosphère des plus rêveuses. L’orchestre, quant à lui, est chatoyant et voluptueux.

Dans le deuxième mouvement, le pathos fait son apparition. À coups de trilles vigoureux et d’accords triomphants, le pianiste livre son plaidoyer. L’orchestre adhère entièrement à son discours en l’accompagnant et le soutenant constamment. Ce dernier est tellement en empathie avec le soliste que, lors de quelques rares attaques, l’ensemble paraît couvrir sa voix. Heureusement, la réactivité de Schønwandt est telle que la sonorité revient rapidement à l’équilibre. Impossible d’ailleurs de passer à côté de la direction du maestro dont les mouvements se métamorphosent parfois en une sorte de danse hypnotique. C'est au cœur du troisième mouvement que s’épanouira pleinement la palette de nuances : l'orchestre montre alors que sa maîtrise ne réside pas seulement dans les notes et les rythmes, mais aussi dans la manière de gérer subtilement les dynamiques.

Les 40 ans de l'Orchestre National de Montpellier au Corum © Marc Ginot
Les 40 ans de l'Orchestre National de Montpellier au Corum
© Marc Ginot

Pour terminer cette soirée anniversaire, les musiciens offrent aux spectateurs quelques extraits des trois suites du Roméo et Juliette de Prokofiev. Les morceaux sont interprétés avec force, dans un tempo très allègre. Bien que l’on ait du mal à imaginer que les invités du bal des Capulets aient pu danser à une cadence aussi effrénée, le tempo rapide est plutôt bienvenu, insufflant ainsi une nouvelle dynamique à l’œuvre. Bientôt, des sonorités inouïes pour l’époque s’invitent à entrer dans la danse : le pupitre de violoncelles fait claquer les archets sur les cordes de l’instrument, provoquant un fracas immense.

On retiendra de cette soirée un sentiment mêlé d’enthousiasme et d’entrain, particulièrement propice à la célébration d’un tel anniversaire.


Le voyage de Manon a été pris en charge par l'Opéra Orchestre National Montpellier.

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