Le chef italien aux nombreuses casquettes, directeur musical du Teatro Regio de Turin et récemment nommé à la tête du National Symphony Orchestra de Washington, rencontrait pour la première fois sur la même affiche Bertrand Chamayou, pianiste virtuose d’origine toulousaine et récemment auréolé d’une Victoire de la Musique Classique au sein de la salle hexagonale. Les arabesques formées par la queue à l’entrée de la Halle aux Grains témoignent d’un concert fort attendu, le premier depuis la remise de la Victoire au pianiste. Le troisième acteur de la soirée était l’Orquestra de Cadaqués, ensemble catalan spécialisé dans la création contemporaine et tourné vers la jeunesse et les nouveaux talents.

Bertrand Chamayou © Marco Borggreve
Bertrand Chamayou
© Marco Borggreve
L’effectif clairsemé de l’orchestre, en comparaison de ce à quoi l’on peut être habitué avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, n’interdit pas pour autant une puissance et une autorité assises par la direction de Gianandrea Noseda. L’énergie habituelle dégagée des ouvertures d’opéras ou de ballets, ici de l’Hercule et Omphale de Fernando Sor, est accentué par la direction enthousiaste du maestro. Les salves d’accords de l’œuvre du compositeur catalan font écho à celles du concerto de Beethoven « L’Empereur ». L’allégeance renouvelée à la monarchie après l’espoir déçu suscité par Bonaparte est magnifiée par une coordination sans faille entre le soliste et l’ensemble. Le conducteur, oublié par la régie, est apporté séance tenante des coulisse, conférant à la soirée son petit moment humoristique. Le sourire aux lèvres, Noseda attaque l’Allegro avec mesure, laissant toute la place à Chamayou. Au fil du concerto, jamais l’orchestre ne passera au-dessus du piano, alors que le toulousain ne lésine pourtant pas sur les contrastes de nuances. La coordination avec l’orchestre est parfaitement rodée, telle la fine mécanique d’horlogerie. L’Adagio un poco mosso laisse place à une douceur sonore et gestuelle remarquables. Malgré l’aspect l’aspect virutose de la pièce, Chamayou donne l’impression de caresser le clavier à chaque instant.

Gianandrea Noseda © Sussie Ahlburg
Gianandrea Noseda
© Sussie Ahlburg
La Symphonie n°4 de Schumann laisse plus d’espace à Noseda pour illustrer les sentiments contenues dans la partition par sa seule gestuelle, que l’on comprendrait même si l’orchestre devenait subitement muet. La fougue s’adapte sans faiblir aux multiples changements de tempo voulus par Schumann, et ne cède pas un seul instant au convenu ou à l’habituel. De l’expression du thème de Clara dans le premier mouvement Andante à son retour dans l’ultime Allegro Vivace, le public est suspendu et conquis par le maestro. Dès la fin du premier mouvement, ce dernier applaudit, montrant l’enthousiasme suscité par le chef. Le tour de force est merveilleusement réussi puisque les conventions laissent ici place à la spontanéité toute italienne de la musique seule. Nullement décontenancé ou échauffé par cet engouement, Noseda prend le temps de relancer la symphonie et la Romanza. Tout simplement sublime.

À domicile, Chamayou est invité, après un tonnerre d’applaudissements, au rappel. Noseda s’installe dans l’orchestre pour l’écouter alors qu’il exécute, malgré un rhume « de saison », le mouvement lent d’ « une des dernières sonates pour piano d’Haydn ».  Si l’orchestre et son chef connaissent le même succès à l’applaudimètre, Noseda s’excuse auprès du public de devoir partir sans rappel « car nous devons jouer demain à Saragosse », ultime étape de la tournée de l’ensemble qui peut retourner dans sa patrie de l’autre côté des Pyrénées le cœur fier et réchauffé par l’accueil toulousain.

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