Œuvre emblématique du Cantor de Leipzig, la Messe en si mineur est un monument, que ce soit pour l’auditeur comme pour le musicien, et encore plus pour le choriste. Gli Angeli Genève, sous la direction de Stephan MacLeod, nous ont offert leur vision de l’œuvre, interprétée en petit effectif choral, soit 2 chanteurs par voix et un effectif restreint d’orchestre.

Gli Angeli Genève © Rebecca Bowring
Gli Angeli Genève
© Rebecca Bowring

Passée l’introduction magistrale du Kyrie, l’effectif d’orchestre nous met immédiatement dans une atmosphère plus intime malgré l’imposant vaisseau d’or et de stuc qu’est le Victoria Hall de Genève : l’œuvre de Bach garde son imposante puissance liée à sa construction musicale, et nous pouvons apprécier les timbres des instrumentistes de ce concert mis en valeur par ce choix artistique délibéré d’un effectif resserré. Le premier Kyrie cède la place au Christe, très allant, nous donnant l’occasion d’un premier duo mettant en lumière les deux sopranos de ce soir : Aleksandra Lewandowska et Marianne Beate Kielland, aux timbres assez dissemblables, la première au grain de voix assez pâle comparativement à sa compagne qui se pare d’un timbre chaud et riche en harmoniques.

L’Et in terra pax, faisant suite à un Gloria festif et jubilatoire, se fait allant lui aussi et dans la même veine, le Laudamus te, est à la limite du pressé, permettant peu d’apprécier le beau violon solo de Leila Schayegh. En revanche, on aura goûté au velouté du traverso d’Alexis Kossenko dans le Domine Deus, accompagnant avec grâce Aleksandra Lewandowska, soprano et Valerio Contaldo, ténor à la voix plus lyrique et fruitée que sa collègue d’un soir.

Le Qui tollis, très expressif, offre à entendre la douceur d’un Bach émotionnel, l’ensemble des voix ciselant un beau relief à ce moment suspendu... Le Qui sedes permet d’apprécier l’alto Carlos Mena. Ce dernier apporte peu d’âme à ce passage, malgré sa voix belle et claire, ne s’embarrassant malheureusement que peu d’émotion.

C’est avec le morceau de bravoure Quoniam tu solus sanctus, pour cor solo et basse solo, que nous entendons Thomas Müller, corniste baroque mondialement reconnu, dont on peut apprécier les nombreux solos magnifiques au disque, dont le fameux « Va tacito e nascosto » du Jules César de Haendel sous la direction de René Jacobs, avec la voix superbe de Jennifer Larmore. Ce soir, le bonheur fut plus mitigé malheureusement, malgré le beau soutien des bassons de Philippe Miqueu et Carles Cristobal, et les beaux phrasés de Stephan MacLeod, basse. Le cor baroque reste un instrument plus que périlleux !

Le Cum sancto spiritu se fit aérien, les vocalises passées comme si de rien n’était alors qu’elles sont assez redoutables : bravo au chœur !

C’est après un entracte, que nous reprenons avec le premier Credo, dont on a moins apprécié certains effets un peu appuyés dans ces longues phrases étirées, mettant à jour certaines duretés vocales. C’est avec le très bel Et in unum Dominum que le manque de medium du soprano d'Aleksandra Lewandowska se fit plus cruellement entendre. L’Et incarnatus est  fut splendide de lenteur et les phrasés du continuo superbes. Le Crucifixus, attribué aux solistes, fut impeccable de noirceur, relevant au passage le talent opératique de Bach !

Malgré le réveil infligé par les timbales dans le Et expecto resurrectionem, les Et resurrexit et Pleni sunt caeli se firent solaires, bien qu’on nota, au fil de la soirée, une certaine fatigue vocale s’installer, et ce faisant, en venir parfois à regretter un plus large effectif de chœur…

On passe sur l'attaque du Pleni sunt caeli de la part de ténors un brin pressés et certaines duretés vocales… Le Hosanna in excelsis fait sentir un manque d’équilibre entre les deux chœurs et surtout un manque de brillance et d’énergie chez les sopranos, Bach n’épargnant aucunement les chanteurs du chœur… On regrette enfin des violons peu suaves dans le superbe Agnus Dei de Carlos Mena, alto solo. Ce morceau reste pour autant un veritable instant suspendu dans cette œuvre, d'une émotion intériorisée mais néanmoins éclatante dans sa vérité, entre tristesse infinie et cette certitude qu'eut Bach en Dieu !

Le Dona nobis pacem conclut, rayonnant, une belle soirée lors de laquelle on aura perçu le génie de l’écriture de Bach qui ne s’embarrasse pas trop des difficultés techniques, ni de l’effort vocal demandé notamment au chœur. On retiendra le timbre chaud de Marianne Beate Kielland, ses interventions pleines d’intensité et sa voix de velours sombre qui resplendit de couleurs chatoyantes. Son chant dit le texte sacré avec émotion et force, un vrai plaisir !

La soirée fut belle, la Messe en si restant une splendeur de chaque instant, même si compte tenu de la fatigue vocale qui s'est fait entendre au fur et à mesure de ce concert, on reste un peu sur sa faim d’une certaine somptuosité chorale… 

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