Que reste-t-il d’As you like it, pièce de théâtre de Shakespeare écrite en 1599 dans la création de Keersmaeker Golden hours ? Ce ballet n’est-il qu’une retranscription dansée ? 

© Anne Van Aerschot
© Anne Van Aerschot

Dans cette création de 2015 la chorégraphe belge introduit le théâtre dans la danse par l’utilisation de plusieurs procédés techniques : le fond de la scène sert d’écran où apparaissent les actes et certains dialogues et les dessins y sont crayonnés à la craie, dans la mouvance du metteur en scène Olivier Py. Du théâtre, on retrouve également les scènes de combat crues et violentes, les dialogues mimés par les lèvres de certains danseurs, les chants et les cris, comme dans Les enfants du paradis de José Martinez. Une création qui interroge donc sur la danse et le théâtre, leurs influences réciproques et les frontières entre ces arts. Cette création déroute puisque sans les mots projetés la narration du ballet se dessine difficilement alors qu’elle prend tout son sens grâce au support.

Golden hours débute par la musique Another green world de Brian Eno, composée en 1975. Une musique entrainante qui, par sa répétition, finit par devenir lassante. Sur le plateau nu, onze danseurs en vêtements et chaussures de sports avancent doucement, pas à pas, contraste saisissant avec la musique. Ils marquent la chanson de leur pas, formant ainsi une unité de temps propre au théâtre, avant que les cinq actes ne se déroulent. Cette scène d’un groupe uni permet ensuite aux individualités de s’exprimer.

© Anne Van Aerschot
© Anne Van Aerschot

Après ce prélude atypique, Golden hours s’inscrit dans les codes de Keersmaeker : la course est fortement présente, tout comme le jeu des mains, et notamment des doigts. Une danse terrienne malgré quelques rares mouvements aériens, qui sollicite davantage le haut du corps que le bas. Les danseurs ont des mouvements nerveux, précis et anguleux, et utilisent la pantomime régulièrement. La danse se révèle par moments très classique dans l’essence du mouvement mais contemporaine dans l’asymétrie du mouvement réalisé. Une caractéristique qui traverse le ballet, symbole de l’imperfection humaine. La très grande maitrise technique des danseurs pourrait en faire un très grand ballet. Toutefois, l’ennui guette régulièrement le spectateur : répétition des mouvements, aide nécessaire de l’écran pour comprendre le déroulé de l’action, mouvements proches de l’improvisation, courses répétées et semblant sans objet.  A quelques exceptions, comme les figures d’Orlando blessé qu’on mette en cause son amour, les figures ne marquent pas l’esprit, ce qui est regrettable. En effet Golden hours évoque en filigrane des questions fondamentales : l’amour homosexuel et hétérosexuel – les personnes principaux Rosalinde et Orlando sont joués par deux hommes – les lois de la vie en société et les règles à ne pas transgresser, la question du bonheur et du rejet de l’autre lorsque l’amour n’est pas suivi en retour. Des questionnements existentiels retranscrits par une danse nerveuse, loin d’une sublimation esthétique.

© Anne Van Aerschot
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