Sous le prétexte « humanisme et modernité », le dernier concert de la saison réunissait un vaste aperçu des périodes charnières de l’histoire de la musique en convoquant trois compositeurs : Beethoven, Schubert et Bartok. Les deux premiers comme symboles du renouvellement de la forme et du passage de témoin entre classicisme et romantisme, le second comme l’un des inventeurs des langages renouvelés du XXe siècle mais aussi témoin de ses atrocités. Tout ce petit monde n’était pourtant pas mis sur le même plan : « le dernier concert de la saison a pour divinité tutélaire Ludwig van Beethoven […]. Aux côtés du plus farouche des compositeurs classiques, Béla Bartok fait souffler un grand vent d’espérance sur l’Orchestre du Capitole ». Mais après une saison marquée par de très nombreux concert et d’importantes tournées, c’est surtout une certaine fatigue qui va marquer la soirée.

Gustavo Gimeno © Marco Borggreve
Gustavo Gimeno
© Marco Borggreve

L’ouverture dans le style italien de Franz Schubert est filamentaire et suspensive. Hormis la mise en avant des lignes mélodiques aux flûtes, l’ouverture reste très légère voire plate, sans aucun relief de nuances. Les grands moulinets finaux de Gustavo Gimeno garantissent une certaine efficacité mais sans toutefois trouver de profondeur.

Avec son concerto composé aux sortir de la Seconde Guerre Mondiale, il s’agit d’une des dernières œuvres de Bartok, alors atteint d’une leucémie. Adrien La Marca effectue une belle entrée en matière avec un solo progressivement accompagnée par les frêles pizzicati de l’orchestre. Mais une fois le tutti convoqué, il n’y a certainement que le premier rang pour entendre les traits de l’altiste, masqué lors de ses traits virtuoses par un orchestre paradoxalement en manque de relief et de nuances. Il faut dire que l’œuvre, inachevée par Bartok mais terminée par Tibor Serly pour l’instrumentation, n’offre que peu de passages brillants pour le soliste qui enchaîne les gammes tziganes sans magie. Les deux mouvements suivants seront du même acabit. La salle mettra même un moment à comprendre la fin de la pièce face au manque de fougue offert par les musiciens. 

Gustavo Gimeno reprend la main avec la 2ème Symphonie de Beethoven. À pièce classique, direction classique, à la baguette. Il donne plus de puissance à l’orchestre mais ne soigne guerre que le timbre des bois. Seul le quatrième et ultime mouvement donne enfin plus de jeux de contrastes. On sent que le public n’accroche pas vraiment à la demi-heure beethovénienne, d’autant plus que l’œuvre n’offre pas de grands repères thématiques à l’oreille. Difficile en effet de suivre l’ensemble des micro-motifs, modulations et autres procédés compositionnels peu mis en avant. La soirée s’accélère seulement avec Le Mandarin merveilleux à la faveur d’un effectif orchestral plus important et d’une multiplication des timbres. Piano, célesta et harpe participent grandement au rattrapage de la soirée. On espère retrouver Beethoven plus en forme à la rentrée prochaine puisque son « œuvre sera aussi mise à l’honneur ».

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