Après s’être produit à deux reprises avec l’Orchestre symphonique de Québec au cours des dernières années dans des œuvres du XXe siècle (Walton et Chostakovitch), le violoncelliste franco-allemand Nicolas Altstaedt était l’invité des Violons du Roy jeudi dernier. Aussi à l’aise dans le répertoire contemporain que dans la musique ancienne, le musicien apparaît déjà comme l’une des consciences musicales de la nouvelle génération de violoncellistes. Son interprétation du Concerto en do majeur de Haydn et du Concerto en la majeur de Carl Philipp Emanuel Bach est apparue comme une grande leçon de musique prodiguée par un artiste au sommet de son art.

Nicolas Altstaedt © Marco Borggreve
Nicolas Altstaedt
© Marco Borggreve

Altstaedt entre modestement sur scène, tel un grand enfant timide perdu dans des vêtements trop amples. Le premier mouvement du Haydn est joué avec une remarquable simplicité et une grande économie de vibrato. La cadence, comme improvisée, nous tient en haleine par la couleur quasi spectrale que le violoncelliste extrait de son instrument. Le reste du concert sera de la même trempe. Dans l’autre concerto au programme, la cohésion entre le soliste et le chef Jonathan Cohen n’a rien d’étonnant, les deux protagonistes ayant déjà gravé les trois concertos de C.P.E. Bach avec l’ensemble Arcangelo il y a cinq ans chez Hyperion. Il est savoureux d’assister au véritable jeu de ping-pong musical auquel ils se livrent dans l’« Allegro » initial. La spontanéité du soliste, qui joue en regardant vers le haut de la salle comme s’il recevait la musique directement d’en haut, a toutefois un prix : celui d’une intonation parfois approximative. Un prix néanmoins si faible étant donné le niveau général de l’interprétation. En guise de bis, Altstaedt offre un extrait d’une sonate de Jean-Baptiste Barrière avec Benoit Loiselle, violoncelle solo de l'ensemble.

C'est également un grand soir pour Jonathan Cohen, que nous voyons sous son meilleur jour. En plus d’être un accompagnateur attentif dans les concertos, le directeur musical des Violons du Roy se livre corps et âme dans les deux symphonies au programme : la Symphonie en mi bémol majeur Wq. 179 de Carl Philipp Emanuel Bach et la Symphonie n° 47 en sol majeur de Haydn. Même si cette dernière ne figure pas parmi les partitions marquantes du compositeur en titre de la famille Esterházy, Cohen lui donne le même soin qu’aux ultimes chefs-d’œuvre de la période londonienne, notamment dans le développement du premier mouvement dont il souligne le drame d’une manière saisissante. Dans le « Larghetto » de la symphonie du fils Bach, mais aussi dans le menuet de l'œuvre de Haydn, les contrastes dynamiques sont réalisés de manière très convaincante, avec des piano pleins de présence et des forte ronds et sonores. 

La fin de la Symphonie en mi bémol a également été livrée avec un irrésistible sens du suspense. Seul manquait un certain relief aux cordes. Le thème principal du Concerto de Haydn aurait par exemple gagné à être davantage articulé. Idem dans le mouvement final de l'œuvre de C.P.E. Bach, où la diction des violons manquait passablement de consonnes. Petit bémol, en terminant : le pupitre de cors, particulièrement sollicité dans la symphonie de Haydn, a été plus faible que ce à quoi nous ont habitués les Violons du Roy au cours des dernières années. Ce qui ne nous a quand même pas empêché de goûter cette soirée d’un très haut niveau.

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