Des écharpes de brume s'élèvent lentement et viennent lécher les flancs du Val de Bagnes et les chalets de Verbier; la température est fraîche, une pluie fine venant iriser les quelques rayons de soleils qui percent de ci de là. Un écrin parfait pour cette crépusculaire "Création" de Haydn, rassemblant des solistes de premier ordre, le Verbier Festival Chamber Orchestra ainsi que le RIAS Kammerchor, sous l'impulsion de Gábor Takács-Nagy.

Gábor Takács-Nagy © Aline Paley
Gábor Takács-Nagy
© Aline Paley

Dès l'introduction orchestrale, nous sommes frappés par la belle homogénéité de l'ensemble, le fondu des timbres, des vents de belle musicalité, une flûte douce à souhait qu'on aurait aimé néanmoins plus brillante et présente, un hautbois délicat, une clarinette pléthorique, au timbre d'or et très lyrique.

Dès le premier air d'Uriel campé par le ténor Bernard Richter "Nun schwanden vor dem heiligen Strahle", on ressent la belle énergie qui accompagne son timbre sombre dont on appréciera le legato, la musicalité, tout en regrettant parfois des aigus tendus. Néanmoins on aura pu vibrer dans son "Mit Würd und Hoheit angetan", solaire, la flûte aux aguets soulignant tout l'héroïsme de cet extraordinaire moment qui aura saisi le public à coup sûr. 

La soprano Miah Persson offre quant à elle des airs superbes, un timbre soyeux et velouté, un médium charpenté, un lyrisme sans exagération. Son air de début de deuxième partie, "Auf starkem fittische schwinget sich des Adler stolz" fut un délice, paré d'une clarinette alerte, d'un basson au timbre superlatif. Solaire, sa voix s'est mêlée divinement aux mélismes des vents, dans une simplicité de bon aloi, sans affectation, mais dans un style parfait faisant éclore le génie de l'écriture de Haydn faite de délicatesse et de simplicité qui touche au cœur.

Le Raphaël d'Andreas Bauer fut lui aussi un plaisir de timbre, et fut éclatant dans l'arioso "Und Gott schuff grosse Walfische" superbe, avec des cordes toute en sinuosités, suaves à souhait. Son chant est d'une extraordinaire expressivité comme le sera celui de son collègue baryton qui prendra la relève en troisième partie et campera le premier homme avec panache.  Peter Mattei aura ravi les auditeurs d'une voix somptueuse, caverneuse, au velouté impérial. Son duo final "Holde Gattin…" avec l'Eve de Miah Persson offrira un niveau supérieur de musicalité tant les timbres se mêlent à la perfection, soutenus par une direction qui relève les émotions, souligne le lyrisme contenu dans ces dernières pages de l'oratorio.   

La direction est très expressive, nuancée, énergique et les grands écrans de part et d'autre de la scène, offrent à voir la belle expressivité de Gábor Takács-Nagy, ses sourires, sa joie, sa jubilation communicative. Sa direction relève les nuances, enveloppe les interventions dans le grand flot de l'œuvre sans jamais s'appesantir. On aura néanmoins pu regretter un effectif de cordes un peu étriqué pour pouvoir offrir un soyeux dans les cordes, et l'adjonction d'une ou deux contrebasses qui aurait offert un supplément de somptuosité bienvenu.

Enfin, il faut souligner la qualité superlative du RIAS Kammerchor qui aura su soigner toutes les interventions chorales d'une superbe énergie, en réussissant à alléger des chœurs qui peuvent s'avérer lourds tel que le "Vollendet ist das grosse Werk" ou le "Stimmt an die Saiten". Ils étirent les lignes, projettent le texte royalement, survolent agilement les fugues, dans un délice de timbres. Tout au plus aurait-on pu placer les pupitres de manière plus compacte afin d'offrir plus de clinquant et de confort vocal.

Disons-le sans détour, ce concert fut d'un très haut niveau tant musicalement, que du point de vue des émotions qu'il suscita. Bravo à tous et notamment au chef qui fut sans conteste l'architecte d'un si bel édifice.

 

[mise à jour: une version antérieure de cette critique avait inversé Andreas Bauer et Peter Mattei. Nous demandons à nos chers lecteurs de nous excuser cette confusion]

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