Inspirée de la fascinante Manon Lescaut de l’abbé Prévost, L’Histoire de Manon, composée en 1974 par le chorégraphe britannique Kenneth MacMillan, est de nouveau à l’affiche de l’Opéra de Paris. Désormais véritable chef-d’œuvre du ballet classique, L’Histoire de Manon nous emmène au travers des transports amoureux, du remord et de la trahison qui secouent la destinée tragique de deux jeunes gens, dans une trame simple mais restée très puissante.

Benjamin Pech (Monsieur de G.M.) Laëtitia Pujol (Manon) et Stéphane Bullion (Lescaut) © Julien Benhamou / Opéra National de Paris
Benjamin Pech (Monsieur de G.M.) Laëtitia Pujol (Manon) et Stéphane Bullion (Lescaut)
© Julien Benhamou / Opéra National de Paris

L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, roman du dix-huitième siècle de l’abbé Prévost, a nourri les fantasmes de bien des artistes, en particulier les compositeurs Massenet et Puccini, mais également des cinéastes, tels que Jean Aurel. L’amour fulgurant du chevalier Des Grieux pour la jeune femme, qui l’éconduit, le rejoint, et finit par mourir dans ses bras a traversé les siècles et les œuvres, inspirant d’autres personnages emblématiques, tels que la Marguerite d’Alexandre Dumas fils. Manon, qui est racontée au travers de Des Grieux, reste toujours un mystère : femme crapuleuse et manipulatrice ou créature sans arrière-pensées, fragile et versatile malgré elle ? Dans le domaine chorégraphique, Manon Lescaut avait déjà été adaptée au 19ème siècle par Jean-Pierre Aumer, avant d’être reprise par MacMillan un siècle et demi plus tard dans une mise en scène qui, contrairement au roman, place la jeune femme au centre de l’attention.

Alice Renavand © Julien Benhamou / Opéra National de Paris
Alice Renavand
© Julien Benhamou / Opéra National de Paris
Fait déroutant, le ballet n’est pas composé sur la partition de l’opéra Manon de Jules Massenet. Si telle était l’intention initiale de Kenneth MacMillan, la question d’accès aux droits a contraint le chorégraphe et le compositeur anglais Leighton Lucas d’aller piocher dans le répertoire de Massenet plusieurs morceaux de musique symphonique et des extraits de ballets d’opéras dans l’objectif de recomposer une trame musicale cohérente. La partition, composite dans son origine, n’en a pas moins une véritable intensité, avec de très beaux thèmes et des leitmotivs qui offrent une émouvante couleur d’ensemble au ballet.

Quoique très belle, la chorégraphie n’est pas d’une insurmontable technicité. La difficulté pour les artistes réside davantage dans l’interprétation de ces personnages si tragiques et ardents. Dans le rôle de Manon, Laëtitia Pujol nous offre une danse liée, maîtrisée, d’une grande finesse. Loin d’une lecture vénale de son personnage, cette Manon n’est pas malintentionnée et s’illustre plutôt comme une très jeune femme, happée par des événements qui s’enchaînent à ses dépens. Manon n’est alors pas cette cigale corrompue si souvent incarnée en scène, mais une fée naïve, un rien égoïste, pour laquelle la fascination de l’argent est celle du rêve. À ses côtés, Mathieu Ganio incarne un Des Grieux plus classique – chevalier amoureux et résilient – mais également poignant, avec une très belle variation d’acte II lors des retrouvailles avec Manon. Alice Renavand, excellente interprète, incarne la maîtresse impétueuse de Lescaut. Loin d’être la soliste classique la plus puriste de l’Opéra de Paris, sa danse a un réel mordant, qui convient tout à fait à son personnage. Stéphane Bullion semble en revanche davantage en retrait dans cette distribution, malgré son rôle emporté, tout comme Benjamin Pech. Enfin, côté corps de ballet, malgré les quelques accrochages décidément rituels les soirs de première, le travail d’ensemble était relativement précis. On remarque plus particulièrement les variations espiègles de Marine Ganio et Elénore Guérineau, cocasses et très maîtrisées.

Laëtitia Pujol et Mathieu Ganio © Julien Benhamou / Opéra National de Paris
Laëtitia Pujol et Mathieu Ganio
© Julien Benhamou / Opéra National de Paris

Ce ballet, au final déchirant, sera l’occasion des adieux d’Aurélie Dupont à la scène le 18 Mai, aux côtés de Roberto Bolle.

****1