Pour sa première soirée lyrique, le Festival Radio France de Montpellier avait misé sur I Puritani de Bellini mais dans une version atypique et pour le moins curieuse : celle de 1835 destinée au San Carlo de Naples et à Maria Malibran, ici proposée en version de concert.

© Marc Ginot
© Marc Ginot

Afin de tendre à la plus grande transparence et honnêteté intellectuelle, j’admets - à titre tout à fait personnel - ne pas être tout à fait convaincu par la partition, par son livret totalement décousu, par la durée même de cette œuvre dont la musique paraît peu inventive. Ce préambule posé, il reste toujours au spectateur - qu'il soit friand de l’écriture musicale de Bellini ou non - l’espoir que les interprètes irradient vocalement la scène et honorent la célèbre réputation du « quatuor des Puritains ». Oui le chant peut tout sauver et l’investissement d’un artiste peut parvenir à racheter bon nombre de partitions que le spectateur n’apprécie pas nécessairement. 

Fallait-il donc que l’investissement des interprètes soit optimal ! Or c’est probablement sur cet aspect que la déconvenue de la soirée a été la plus grande. Le nez dans leur partition aucun des interprètes réunis sur le plateau n’est parvenu à totalement incarner un personnage, à faire rayonner un caractère singulier, à proposer une interprétation totalement engagée, à investir un texte (certes pauvre) pour proposer au spectateur du sens en même temps que du son. Du son nous en avons eu, plutôt beau dans l’ensemble. Quant au sens, cela reste bien plus discutable. Ainsi, la soirée a pris l’allure d’un concours de chant et de vocalises : du son pour épater et moins pour toucher et rester mémorable. 

On retiendra une direction musicale de Jader Bignamini particulièrement imposante. Exit les phrasés aériens et suspendus laissant toute liberté aux interprètes pour s’épancher. Le tout est ici souvent très fort, couvrant à de nombreuses reprises certains artistes du plateau vocal. Les tempi sont incroyablement rapides, à la limite du style et imposent une certaine allure aux interprètes qui peinent alors à instaurer une atmosphère crédible lors de leurs airs. Les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier ne déméritent pas et font preuve d’un très bel engagement tout au long de la soirée.

On attendait également beaucoup de la première Elvira de Karine Deshayes. Probablement trop. Le souvenir incroyable de sa récente Armida sur la scène montpelliéraine avait laissé présager le meilleur. Or Elvira n’est pas Armida et ici aussi l’interprétation et l’engagement dramatique posent problème. Où est la sincère et si touchante folie souhaitée par Bellini ? Où est cette pureté virginale si fragile ? Et même plus simplement, quel visage souhaite donner Karine Deshayes à ce personnage ? Toutes ces questions restent malheureusement sans réponse. Les vocalises sont superbement assumées mais auraient gagné à être guidées dans un sens clairement défini. Le tout est ici encore trop « neuf », trop monotone, parfois superficiel. Même constat du côté de Celso Albelo. Il y a quelques jours, il était le Duc de Mantoue dans Rigoletto à Orange. Il est ce soir Arturo et la transition de Verdi à Bellini n’a pas été sans conséquence. Les aigus sont souvent en force, les nuances assez peu recherchées et la proposition du personnage est également relativement terne. René Barbera sauve l’honneur du chant belcantiste en incarnant un Riccardo à la ligne de chant imperturbable et au legato magique. Son air du premier acte est un exemple d’intelligence et d’attention quant au phrasé. Les nuances sont utilisées sans économie et avec sens offrant le seul moment véritablement prenant du spectacle.

Les plus grandes félicitations de la soirée iront pour les chœurs de l’Opéra national de Montpellier renforcés par ceux de la Radio Lettone. La précision et la cohésion de l’ensemble choral apportent à la soirée un panache qui jusque-là manquait cruellement.

Peut-on faire du son au détriment du soin porté au sens ? Une réponse négative s’impose  car l’opéra raconte avant tout une histoire, au travers de la musique. Et particulièrement lorsque le livret est faible (ce qui arrive souvent à l’opéra) il doit être assumé avec encore plus d’investissement. Alors, proposer du son sans recherche de sens c’est enlever à l’opéra un élément particulièrement important : le théâtre.

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