Donné en version de concert pour deux représentations, le joyau I Puritani de Vincenzo Bellini déclenche, à l’issue de l’opéra mais aussi à la fin de chaque grand air des protagonistes, une ovation du public comme rarement entendue ces dernières années à l’Opéra de Marseille. Son directeur Maurice Xiberras a su pour l’occasion réunir une formidable distribution vocale où brillent en premier lieu les deux rôles principaux.

<i>I Puritani</i> à l'Opéra de Marseille © Christian Dresse
I Puritani à l'Opéra de Marseille
© Christian Dresse

Très habituée au redoutable emploi d’Elvira – elle l’interprétait déjà en 2009 dans une maison voisine de Marseille, l’Opéra de Toulon –, la soprano Jessica Pratt apparaît dans une forme vocale époustouflante. Le charme du timbre opère d’emblée, l’instrument est bien exprimé sur toute la longueur de la voix, même s’il faut reconnaître que c’est la partie suraiguë qui développe le volume le plus important. Les parties vocalisées passent avec une grande fluidité et la chanteuse propose, dans certaines reprises de ses airs, des variations d’une remarquable inspiration musicale. C’est le cas pour « Son vergin vezzosa » au premier acte ou encore la cabalette « Vien diletto, è in ciel la luna » (acte II) : suraigus piqués ou à pleine voix, colliers de notes en enfilades, cadences supersoniques, bref une véritable leçon de chant renforcée par une interprétation engagée, l’interprète étant la seule à chanter sans partition.

Yijie Shi distribué en Arturo défend également régulièrement Rossini, Donizetti et Bellini, depuis sa révélation au Rossini Opera Festival de Pesaro il y a dix ans (il succédait en 2009 à Juan Diego Florez dans la peu seyante production du Comte Ory signée Lluis Pasqual). Le ténor chinois fait entendre un médium bien nourri, un style soigné et des extensions vigoureuses vers l’aigu, particulièrement éclatantes dans son air d’entrée « A te, o cara ». Une des notes les plus attendues de l’après-midi, soit le fameux contre-fa de sa scène finale « Credeasi, misera » est prudemment remplacé par un second contre-ré, une solution souvent sage… et retenue par exemple en début de saison à l’Opéra Bastille par son confrère Javier Camarena.

Jessica Pratt (Elvira) et Yijie Shi (Arturo) à l'Opéra de Marseille © Christian Dresse
Jessica Pratt (Elvira) et Yijie Shi (Arturo) à l'Opéra de Marseille
© Christian Dresse

À leurs côtés, le baryton et la basse complétant le quatuor majeur présentent d’une certaine façon les mêmes forces et faiblesses. Tous deux régulièrement invités par l’Opéra de Marseille dans des œuvres très variées, en français, italien, russe, Jean-François Lapointe (Riccardo) et Nicolas Courjal (Giorgio) ne sont pas a priori des spécialistes du répertoire belcantiste, mais ils n’en tiennent pas moins leur rôle respectif avec une grande vaillance. Le baryton québécois développe une puissance toujours aussi impressionnante dans le registre aigu, mais émet avec bien plus de discrétion ses notes les plus graves (au point d’en transposer certaines), et quelques passages d’agilité sont passés en mitraillette.

Pas de problème de grave chez la basse abyssale Nicolas Courjal ; c’est plutôt l’aigu qui est limité (il n’ose pas l’aigu du dernier mot « Patria, vittoria, vittoria, onor » avant le duo conclusif du deuxième acte « Suoni la tromba, e intrepido », et la conduite de chant oscille parfois entre un beau legato et quelques séquences au caractère un peu plus staccato. Le reste du cast est de qualité et joliment timbré, de la basse Eric Martin-Bonnet (Gualtiero) au ténor Christophe Berry (Bruno) en passant par la mezzo Julie Pasturaud (Enrichetta), même si cette dernière reste un peu discrète dans ses interventions en comparaison d’autres titulaires entendues dans le rôle.

Giuliano Carella © Christian Dresse
Giuliano Carella
© Christian Dresse

L’autre grand triomphateur de l’entreprise est Giuliano Carella, qui sait tirer le maximum de l’orchestre et des chœurs de l’Opéra de Marseille, ces derniers ayant été idéalement préparés par Emmanuel Trenque. Le chef italien anime la musique d’un tempo souvent rapide, il ne traîne pas pour faire avancer l’action, mais sans excès ni outrance dans les volumes. Tous les pupitres sont à saluer, du somptueux tapis de cordes aux bois sereins, mais une mention est à adresser aux cors, d’abord impeccables dans l’ouverture, avant que le cor solo ne se distingue par un sans-faute dans l’introduction de la confrontation Riccardo-Giorgio (fin d'acte II). Autre information à signaler, le maintien de nombreuses reprises d’airs ou d’ensembles, mesures régulièrement coupées dans plusieurs théâtres, comme l’air d’entrée de Riccardo, le duo Arturo- Enrichetta, le finale du premier acte, l’introduction du deuxième, etc. Merci donc à l’Opéra de Marseille d’avoir pu goûter à cette partition dans ces conditions… un vrai plaisir on vous dit !

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