C’est une mise en scène d’Olivier Fredj et de Nicolas Buffe dont on se souviendra longtemps : Il re pastore, opéra composé par Mozart alors âgé de 19 ans, fait référence dès les premiers instants de cette production aux dessins animés des années 1980, à Star Wars et aux mangas japonais. Des références qui parleront aux trentenaires et à l’enfant qui sommeille en chacun d’entre nous. Une façon également pour le Théâtre du Châtelet d’attirer un nouveau public.

Alexandre (Rainer Trost) © Marie-Noëlle Robert
Alexandre (Rainer Trost)
© Marie-Noëlle Robert
Créé à Salzbourg le 23 avril 1775, Il re pastore est une commande du prince-archevêque de Salzbourg, Hieronymus Colloredo, destinée à célébrer la venue dans cette ville du fils cadet de l’impératrice Marie-Thérèse, l’Archiduc Maximilian Franz. Cette œuvre, qui traite de l’amour et de l’exercice du pouvoir au temps d’Alexandre le Grand, est le dernier opéra de jeunesse de l’artiste. Il faut ensuite attendre cinq ans avant la création d’une nouvelle œuvre lyrique, Idomeneo, qui marque le début de la période de maturité.

Ne serait-ce que par le rideau de la scène – où apparaît un dessin inspiré des mangas -  le spectateur est prévenu : la mise en scène ne sera pas conventionnelle. Il se retrouve en effet plongé dans un voyage inter spatial où chaque personnage, en même temps qu'il entre en scène, est présenté avec sa fiche d’identité sur un écran.

Aminta, interprété par Soraya Mafi, est un berger amoureux de la bergère Elisa, Raquel Camarinha. À défaut de moutons, ce sont des robots fortement inspirés du dessin animé Ulysse 31, qui officient dans une station-service. Cette quiétude est bouleversée par l’apparition d’Alessandro, interprété par Rainer Trost, au costume résolument eighties, qui vient annoncer au berger qu’il est en réalité le fils d’un roi, et donc appelé à régner. En moins d’une journée, l’opéra relate les différentes étapes de changement de vie, et le combat d’Aminta pour épouser la femme qu’il aime, et non celle que lui destine Alessandro, Tamiri, interprétée par Marie-Sophie Pollak.

Elisa (Raquel Camarinha) © Marie-Noëlle Robert
Elisa (Raquel Camarinha)
© Marie-Noëlle Robert
Tout comme seize ans plus tard avec La Clémence de Titus, et contrairement aux apparences – Elisa est affublée d’oreilles de lapin qui fait songer aux soubrettes et Tamiri vêtue d’une combinaison sexy, cet opéra est dominé par deux femmes de caractère qui refusent le destin qu’on leur impose.  De la même façon que Servilia  explique à Titus qu’elle ne peut l’épouser parce qu'elle en aime un autre, Tamiri et Elisa exposent à Alessandro leur amour pour Agenore et Aminta et font ainsi triompher l’amour sur les desseins de l’Empereur.

Une intrigue mince, des personnages assez semblables – il n’y a pas réellement de méchant – et un dénouement attendu. La mise en scène permet de gommer ces caractéristiques en focalisant l’attention du spectateur sur le côté opéra bouffe. On rit beaucoup dans cette version d’Il re pastore. On en oublie presque la musique et la performance des chanteurs. Dirigé par Jean-Christophe Spinosi, l’ensemble Matheus est au service de la mise en scène et ne se distingue malheureusement pas. On y reconnaît bien quelques airs, comme le final, mais on sort de la représentation sans avoir été marqué par la musique, ce qui est dommage.

Les chanteurs, quant à eux, interprètent très bien leur personnage grâce à une maîtrise parfaite du jeu théâtral. Marie-Sophie Pollak et Raquel Camarinha montrent une très belle tenue des vocalises et un souffle long, tandis que Soraya Mafi interprète un Aminta fragile et sujet aux doutes, par une voix suave et douce. Rainer Trost rend le personnage  d’Alexandre fidèle à sa légende : mégalomane, autoritaire et stratège, il se laisse cependant convaincre par Elisa et Tamiri. Accompagné de Krystian Adam, dans le rôle d’Agenore, Rainer Trost offre un contrepoids masculin de qualité aux trois sopranos.

Avec ses effets spéciaux, cette production d’Il re pastore rappelle les machineries d'époque, pour le plus grand bonheur des spectateurs. Certains regretteront cependant la primauté de la mise en scène sur la musique.

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