Amateurs de ballets narratifs traditionels, passez votre chemin ! Impressing the Czar de William Forsythe, interprété par le SemperOper Ballett Dresden, est une critique caustique des conventions de la danse classique. Double référence aux ballets somptueux de l’époque de Petipa où costumes chatoyants et morceaux de bravoure se succédaient pour impressionner le Tsar et au ballet narratif de la période romantique Impressing the Czar ne garde qu’un élément : le découpage traditionnel en actes, soit ici quatre parties et cinq tableaux.

© Laurent Philippe | Opéra national de Paris
© Laurent Philippe | Opéra national de Paris

A première vue toutefois, l’ambiance fastueuse est respectée dans le premier acte « Signature Potemkine » où costumes et accessoires dorés confèrent à la scène un air princier vite remis en cause par les pas de danse moderne désarticulés. Le chorégraphe cherche à montrer la dimension théâtrale du ballet, ce que met parfaitement en exergue la troupe du Semperoper Ballett Dresden. Leur danse se fait tantôt élastique, tantôt pleine de finesse et les mimiques se révèlent d’une profonde justesse. On s’interroge un instant sur cette danse, ni aérienne ni terrienne mais profondément théâtrale et qui rend avec une grande justesse ce foisonnement de scènes, de gags et de quiproquos. Une théâtralité poussée parfois à l’extrême.  

In the Middle, Somewhat Elevated – ballet créé séparément puis intégré par la suite par le chorégraphe dans Impressing the Czar – se révèle moins convaincant. Les pas sont certes, techniquement, de grande qualité mais l’ensemble manque de nervosité, de mordant et de piquant. On y relève parfois une certaine imprécision, comme si les danseurs hésitaient entre plusieurs interprétations et restaient dans un entre deux mondes. Une interprétation un peu trop sage qui nous laisse sur notre faim.

© Laurent Philippe | Opéra national de Paris
© Laurent Philippe | Opéra national de Paris
La Maison de Mezzo Prezzo nous plonge à nouveau dans un univers burlesque proche du premier acte, même s’il s’agit ici d’une maison de vente où une certaine Agnès – magnifiquement interprétée par Helen Pickett – tente de vendre aux enchères un ballet, ou plutôt ses accessoires. La surenchère est poussée à l’absurde et on songe à Beckett voire aux danses macabres du Moyen Âge face à ces pantins désarticulés qui envahissent la salle à la fin de l’acte avant que M.Pnut ne meurt de façon absurde. On ne peut que saluer le travail remarquable de cette compagnie. 

Le premier tableau de la dernière partie, "Bongo Bongo Nageela", se révèle un Sacre du Printemps inversé puisque ce n’est plus une jeune vierge qui est sacrifiée mais un homme autour duquel une foule d’écolières marche de façon rituelle et quasi chamanique. On y retrouve également des mouvements inspirés du French cancan et le Semperoper Ballett Dresden nous entraine dans cette danse sans queue ni tête, où le propos est voulu chaotique et les références nombreuses, sans être bavardes. Le dernier tableau de cette quatrième partie quant à lui se réfère aux frères Grimm et au joueur de flûte de Hamelin puisque réveillé par ces danses cabalistiques, M.Pnut semble à son tour hypnotiser les jeunes femmes.

Houston Thomas © Laurent Philippe | Opéra national de Paris
Houston Thomas
© Laurent Philippe | Opéra national de Paris

Un ballet ubuesque et incohérent qui nous invite à réfléchir sur ce qu’est la danse et sur son aspect théâtral, Impressing the Czar ne laisse personne indifférent.