En ce jeudi 14 avril l’Orchestre National de France dirigé par James Gaffigan donne un concert comprenant la suite Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré, le Concerto pour violon en ré majeur de Ferrucio Busoni avec le soliste Renaud Capuçon au violon, suivi de la Symphonie n°2 de Brahms.

James Gaffigan © Mat Hennek
James Gaffigan
© Mat Hennek

Cela fait toujours plaisir de voir Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré programmée en concert, et si l’on connaît un peu mieux l’opéra homonyme de Debussy également inspiré du drame théâtral éponyme écrit par Maeterlinck en 1893, l’œuvre de Fauré n’en reste pas moins un bijou. Cette œuvre, composée en 1898 pour la commande de la création anglaise de la pièce de théâtre, inaugure la mise en musique de ce drame, puisque suivront ensuite Debussy, Schoenberg puis Sibelius. Dès le début du Prélude initial, les mélismes voluptueux des cordes entretiennent un flottement typiquement fauréen, où la sensualité du chemin harmonique incertain n’est pas sans apporter une once de mystère à une atmosphère qui s’octroie quelques teintes tragiques. Cependant, dès la première minute l’oreille n’est pas flattée comme elle aimerait l’être, et si la subtilité est bien présente dans l’harmonie, elle se fait trop absente dans les nuances et dans le phrasé général. Le tempo relativement rapide choisi par le chef ne suffit malheureusement pas à pallier la monotonie des dynamiques. Si ce Prélude pourrait permettre à un orchestre de dévoiler toutes ses qualités dans les nuances ténues, ce soir les musiciens de l’ONF n’osent même pas s’aventurer dans le spectre des pianissimi, et cela est bien dommage car de cet écueil découle une impression de lourdeur qui sied mal à la délicatesse fauréenne. La Fileuse (andantino quasi allegretto) s’avère plus convaincante. Le chef arrive à donner un réel élan au bourdonnement du léger tricot des cordes sur lequel se prélasse la mélodie sereine et candide du hautbois, avant que l’orchestre ne la soulève pour lui apporter une plus grande ampleur. La célèbre Sicilienne (allegro molto moderato) commence plutôt bien, le bruissement de la harpe soutenant avec courtoisie la mélodie de la flûte. Cependant un peu plus tard l’orchestre s’affirme davantage, et notamment par l’insistance des cors il a de nouveau la maladresse d’apporter une lourdeur, une inertie dont on se serait bien passé ici. Dans la Mort de Mélisande (molto adagio) le son se déploie à la manière d’une marche funèbre dans un climat de douleur résignée, par une lamentation des clarinettes et des flûtes. Au regard du reste de l’œuvre c’est une interprétation de meilleure facture que celle de ce dernier mouvement, d’ailleurs interprété lors des funérailles de Fauré lui-même.

Renaud Capuçon © Mat Hennek
Renaud Capuçon
© Mat Hennek
A côté des grands concerti pour violon du répertoire, celui de Ferruccio Busoni reste dans l’ombre. C’est pourtant ce concerto que James Gaffigan a choisi d’interpréter avec le soliste Renaud Capuçon. A l’image de son compositeur, ce concerto composé en 1897 est à la croisée des esthétiques allemandes et italiennes, dans un langage transparent dont on a parfois du mal à y déceler de la profondeur. Renaud Capuçon semble vouloir défendre cette partition, mais malgré cette volonté l’interprétation restera à désirer, et il difficile d’être totalement convaincu par cette œuvre. Dès le début la synchronisation du pupitre des bois semble assez approximative, et les cantilènes italianisantes du violon sont d’abord plaisantes, puis deviennent mièvres, et finiraient presque par agacer. Le dernier mouvement est assez bien écrit, il se dégage des emportements du violon et des soubresauts d’orchestre une fulgurance théâtrale, une vivacité, une volubilité goguenarde bienvenues. Malheureusement, l’interprétation pêche dans la synchronisation : à plusieurs reprises Renaud Capuçon et James Gaffigan semblent en désaccord sur le tempo à adopter, le violoniste ayant tendance à penser et à jouer avec un tempo plus rapide que celui prescrit par le chef, en contrepartie les pupitres de l’orchestre, et notamment les cuivres, semblent à la traine. Par conséquent des décalages habilement rattrapés se créent inévitablement. Renaud Capuçon a-t-il beaucoup répété avec l’orchestre avant le concert ? L’interprétation de ce soir laisse malheureusement penser que non.

Le concert se terminait par la Symphonie n°2  de Johannes Brahms. Les deux premiers mouvements sont joués sans grande conviction, de manière trop statique, figée, et encore une fois sans une grande variété de nuances. Si le public pourrait s’assoupir au cours de ces deux premiers mouvements, il est assurément réveillé par une inspiration soudaine et roborative semblant innerver les musiciens pendant les deux derniers mouvements. Sont-ils plus faciles à jouer pour les musiciens en ce sens qu’ils nécessitent moins de nuances pianissimo ? Quoiqu’il en soit, c’est avec une verve et une fougue triomphantes que se termine cette symphonie, et c’est au moins cela que l’on peut retenir.