C’est une soirée en crescendo que nous propose l’Auditorium de Lyon : tout d’abord une suite d’orchestre avec Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré, tout en douceur, puis Le Tombeau de Couperin, au caractère plus hispanisant, de Ravel. En deuxième partie, l’Orchestre National de Lyon nous propose l’ouverture de concert Les Hébrides de Mendelssohn Bartholdy, avant l’apothéose : la Fantaisie écossaise pour violon et orchestre de Max Bruch, interprétée par Joshua Bell.

Leonard Slatkin © Niko Rodamel
Leonard Slatkin
© Niko Rodamel
Comme souvent, Leonard Slatkin entame son programme en douceur. Pelléas et Mélisande, Op.80 est d’abord une musique de scène pour accompagner la pièce de théâtre de Maeterlinck, avant que le compositeur ne tire de sa composition une suite pour orchestre. L’atmosphère générale est feutrée, et plusieurs thèmes sont teintés d’influences médiévales.

Dans le troisième mouvement, on retrouve le thème célèbre de la Sicilienne, ici exposé par la flûte, dans le medium, et accompagnée de la harpe. L’effet est saisissant, la mélodie dégage beaucoup de chaleur et nous plonge dans un rêve, alors que les accents réalisés par l’ensemble de l’orchestre rappelleraient plutôt le cœur qui bondit dans notre poitrine par amour.

Le dernier mouvement sonne la fin de la tragédie avec des motifs empruntés à la marche funèbre, comme le rythme pointé qui nous entraîne inexorablement vers la mort de Mélisande, et qui accompagne un thème triste et éthéré.

La suite du programme s’annonce comme le prolongement de cette première ambiance, le titre de l’œuvre de Ravel, Le Tombeau de Couperin, nous invitant au recueillement. Chaque mouvement est certes dédicacé à un ami du compositeur mort au combat, cependant le caractère de la musique est plutôt enlevé et dansant. Une tension est ainsi présente dans les mouvements ; nous décelons une inquiétude par exemple dans la Forlane, mêlée aux influences et rythmes espagnols qui caractérisent la musique de Ravel. Le Menuet se détache avec un thème plus paisible, presque mélancolique, alors que le Rigaudon tranche en offrant un final à l’allure vive, aux sonorités proches d’une danse paysanne.

Nous quittons la rêverie et les représentations imagées pour nous plonger dans les paysages celtes et les sentiments puissants que l’Écosse a pu évoquer aux compositeurs.

Comme entrée en matière de cette deuxième partie de soirée, le chef d’orchestre nous propose Les Hébrides ou la Grotte de Fingal, Op. 26, qui dépeint parfaitement ce que Mendelssohn a pu ressentir lorsqu’il s’est rendu dans l’endroit qu’il décrit. On retrouve les nombreux mouvements de la mer, accentués par les ondulations des cordes et les nombreuses envolées. Un thème doux, plus propice au recueillement, se transforme en quelque chose de puissant : le caractère imprévisible des éléments est parfaitement rendu par l’orchestre, les mélodies, comme celles données aux clarinettes, sont exécutées avec justesse et beaucoup de beauté. Dans les dernières phrases, nos yeux sont aussi ébahis que nos oreilles en voyant les contrebasses exécuter les mêmes traits que les autres pupitres de cordes, cette orchestration donnant un véritable élan de puissance à l'ensemble.

Joshua Bell © Timothy White
Joshua Bell
© Timothy White
L’Écosse nous a d'ores et déjà fait forte impression, et ce n’est pas fini puisque c’est au tour de Joshua Bell d’entrer en scène, avec la Fantaisie Ecossaise pour violon et orchestre, Op. 46. Dans cette œuvre, Bruch s’est appuyé sur des mélodies populaires pour construire ses mouvements, et a donné à la harpe une place de choix ; ses interventions accentuent l’univers poétique et imaginaire.

Le premier mouvement est dépaysant, le violon chante une sorte de longue complainte onirique qui nous emporte. Le second mouvement prend des airs de danse populaire, avec une pédale d’orchestre. Le soliste et l’orchestre se font écho, et Joshua Bell nous dévoile peu à peu sa virtuosité. Entre les sautillés, les doubles cordes et les échappées se glissent des passages plus romantiques, l’occasion pour le soliste de dialoguer avec un autre instrument de l’orchestre.

On peut souligner la parfaite symbiose entre Joshua Bell et l’orchestre. Ceci se voit notamment lorsque l’orchestre et le soliste interprètent un même thème, sur lequel brode le soliste, et où la complicité entre les musiciens est parfaite.

À quelques phrases de la fin, un moment de grâce s’installe lorsque le violoniste se retrouve seul à jouer, dans les aigus de son instrument, créant un moment de suspension, avant un final éclatant.

Joshua Bell offre un moment d’apaisement avec son bis en compagnie de l’ONL, en interprétant avec beaucoup de sensibilité, de limpidité et de simplicité la Méditation de Thaïs de Massenet, clôturant en douceur ce beau voyage.