Il fallait du champagne, et quel champagne, pour marquer le 30ème anniversaire du Cercle du Grand Théâtre de Genève ! Effectivement la prestation de la mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato sera époustouflante : somptuosité du timbre, phrasés sublimes, vocalité superlative et néanmoins sans esbroufe, n’empêchant aucunement une décontraction salutaire, un rapport avec le public simple et direct, une générosité jusque dans sa manière de nous parler des temps troublés que nous traversons et des errements de l’humanité… Diva oui, mais engagée.

Joyce DiDonato © Simon Pauly
Joyce DiDonato
© Simon Pauly

Si la star assure le spectacle d’une manière superlative, c’est sur des œufs que le violoncelle solo de l’Orchestre de Chambre de Genève entame les premières mesures de cette Ouverture de Guillaume Tell de Rossini, relayé par une flûte et un cor anglais au duo assez peu unifié, sous la direction peu marquante de Sascha Goetzel, chef autrichien et directeur artistique de l’Orchestre Philharmonique Borusan d’Istanbul.

L’Ouverture des Noces de Figaro manque malheureusement de nuance dans les dynamiques, les phrases de hautbois et de basson tout simplement de son, le tout ayant tendance à un manque de ligne et de délicatesse, sans parler de percussions qui d’un bout à l’autre du récital, émaillent leurs interventions de saillies redoutables. Dans la même veine, on passera sur la dexième suite d’orchestre de l’Arlésienne de Bizet.

Heureusement ce n'est là que quelques scories et détails d’une soirée placée sous la fougue, la passion et l’art de la diva américaine, qui emporte l’adhésion de tous et fait des miracles !

Le premier air « Ove t’aggiri, o barbaro » de Giovanni Pacini offre à entendre le timbre splendide, la facilité des coloratures, le tout dans une parfaite homogénéité. « L’amica ancor non torna… O di sorte crudel » de Michele Carafa, fait découvrir la part émotionnelle de la chanteuse, savourant les lignes par des portati suaves, soulignées des ambiances portées par la clarinette et la harpe. Ici aucune boursouflure inutile ou ralentissement hors de propos : justesse et équilibre.

Le « Giunse alfin il momento… Deh vieni non tardar » des Noces de Figaro est un bonheur de délicatesse, les sons filés sont somptueux, les phrasés élégants, le timbre d’or. Un Mozart de haut vol. « Una voce poco fa » est évidemment un bonheur de vocalité : le timbre est au service d’un ambitus sans limite semble-t-il ; quant à l’interprétation, la cantatrice offre un brin d’innocence salutaire. Les vocalises sont parfaites, choisissant quelques incises tout à fait adaptées et ne singeant pas la légendaire interprétation qu’en faisait la Callas.

Changement de robe. Nous voici dans le monde de Berlioz, ou la diva se trouve moins à son aise. Le placement du français n’est de loin pas idéal, le drame sous-jacent ne se sent pas, l’orchestre ne transmet pas l’urgence de cet air sublime. « Aux nuits d’ivresse et d’extase infinie » est néanmoins émouvant. 

Quant au « Tanti affetti » de Rossini, il est splendide. Joyce DiDonato, maîtrisant son Rossini comme peu, clôture un récital qui l'a vu briller tant dans les agilités que dans la suavité de son timbre d’or, et offre en bis un « Over the Rainbow » suave et tout aussi convaincant, ravissant un public conquis, sans néanmoins amoindrir son art et son aura. Bravo l’artiste !